// LES NUMÉRIQUES — MOBILE & WEB
Actualité : Comment Tesla et Elon Musk forcent la main à l’Union européenne pour imposer leur conduite autonome
Sous la pression d’Elon Musk, les régulateurs européens cèdent peu à peu du terrain pour homologuer le système de conduite autonome de Tesla, le célèbre Full Self-Driving (FSD). Retour sur ce tour de force, toujours contesté par des données de sécurité jugées trompeuses.
© Tesla - La conduite autonome supervisée de Tesla séduit progressivement en Europe, les autorités cèdent peu à peu sous la pression d’Elon Musk
Pour conquérir le Vieux Continent, Tesla continue de jouer des coudes avec les régulateurs européens. Alors que le constructeur américain cherche à obtenir le feu vert des Vingt-Sept pour son système de conduite autonome supervisée, le FSD, Elon Musk orchestre une offensive agressive pour rallier chaque membre à sa cause. Entre pressions sur les autorités néerlandaises, études statistiques contestées et mobilisation de sa communauté en ligne contre les décideurs politiques, la firme accélère le calendrier d’homologation, suscitant de vives inquiétudes chez les spécialistes.
Selon une enquête exclusive menée par Reuters, Tesla multiplie les manœuvres pour contourner la rigueur réglementaire européenne. Des centaines de courriels révèlent comment la firme a poussé l’agence néerlandaise RDW à restreindre ses vérifications. L’entreprise a vivement contesté les coûts d’inspection, refusé certains déplacements d’examinateurs et exigé de co-déterminer le protocole d’évaluation de son logiciel.
Face à cette insistance, les fonctionnaires néerlandais ont assoupli plusieurs critères, proposant même d’ajuster l’effort de contrôle et invoquant des “objectifs partagés” pour faciliter l’homologation. Une complaisance qui alarme directement les spécialistes indépendants, alors que de plus en plus de pays (dont l’Allemagne cette semaine et la Croatie la semaine dernière) autorisent le dispositif sur leurs routes.
Pour la chercheuse Nynke Vellinga, de l’université de Groningue, un régulateur doit rester intraitable : “Une autorité comme la RDW doit dire non si elle ne peut pas mener les tests voulus”. Malgré ces doutes, la RDW a validé le dossier, ouvrant ainsi la voie à des dérogations individuelles pour chaque État membre de son côté, et surtout à un scrutin européen décisif pour statuer sur l’homologation du FSD à l’échelle communautaire, attendu en décembre 2026.
En parallèle, Elon Musk mise sur une offensive d’opinion pour vaincre les réticences. Tesla affirme que chaque retard coûte des vies humaines, incitant ses fans à cibler les décideurs politiques pour faire pencher la balance en sa faveur. Pourtant, les experts en sécurité routière dénoncent des failles méthodologiques dans les données marketing mises en avant par le constructeur automobile.
Ils expliquent notamment que l’échantillon de quelques dizaines de milliers de kilomètres parcourus par les ingénieurs de Tesla demeure bien trop faible face aux centaines de millions de kilomètres parcourus manuellement par les clients de la marque à travers l’Europe. Pire encore, l’étude s’appuie sur des ingénieurs aguerris et de simples indicateurs comportementaux, comme les coups de klaxon ou les freinages, sans jamais prouver la moindre réduction des accidents mortels.
Pour Marco Benedetti, chercheur à l’université du Michigan, le constat est tranché : “Dès que l’on parle de vies sauvées, cela devient absurde”. Côté autorités, Stein-Helge Mundal, ingénieur en chef pour l’administration routière norvégienne, balaie ces arguments : “Nous n’approuvons pas des systèmes parce qu’ils sont populaires”.
Un bras de fer qui divise, alors que Tesla attend avec fébrilité l’approbation européenne de son système de conduite autonome, espérée d’ici la fin de l’année. Pour rappel, huit États membres ont déjà autorisé le FSD sur leurs routes suite à l’approbation néerlandaise.