// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
Tirs dans un collège à Aubagne : "De plus en plus de jeunes ont une forte appétence à la violence et elle est de moins en moins idéologique", pointe la psychologue Laure Westphal
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Spécialisée dans les violences contemporaines, Laure Westphal, psychologue, revient dans "La Matinale" du 14 octobre sur le profil des jeunes qui adhèrent à des mouvances comme la True Crime Community, glorifiant l'extrême violence et les meurtres de masse en milieu scolaire, dont le suspect de la fusillade d'Aubagne pourrait être proche.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Louise Bernard : L'auteur présumé de la fusillade au collège d'Aubagne, un élève de 14 ans, appartiendrait à une mouvance baptisée True Crime Community, qui glorifie les tueries de masse. C'est ce que semble penser le parquet antiterroriste qui s'est saisi de l'affaire. Qu'est-ce que cette idéologie ? Est-elle en train de s'implanter en France, et surtout, d'où vient cette violence chez certains jeunes ? Cela concerne très peu de jeunes en France, on le redit, quand même. Les supports numériques, c'est-à-dire ordinateur, téléphone, probablement, ont été analysés par les enquêteurs. Vous connaissiez cette True Crime Community ?
Laure Westphal : En effet, si on resitue un peu au niveau de la France, c'est vrai que de plus en plus de jeunes ont une forte appétence à la violence et elle est de moins en moins idéologique.
Oui, parce qu'il n'y a pas d'idéologie derrière cette communauté, c'est ça qui est particulier.
C'est une appétence à l'idéologie extrémiste, nihiliste, en réalité. Donc, il n'y a pas de support doctrinal, idéologique, qui supporte dans les faits cette fascination pour la violence, l'identification au tueur et le fait de passer à l'acte. Il n'y a pas de doctrine qui justifie ça. C'est extrêmement nouveau.
C'est quoi ? C'est une fascination pour la violence ?
C'est difficile à expliquer, parce que c'est plurifactoriel, comme souvent. Évidemment, parfois, il y a des phénomènes de souffrance psychique, mais on ne peut pas rabattre ce problème-là comme étant la cause unique de la suite. Il y a souvent des phénomènes d'exclusion, qui peuvent être soit subis, soit "agis", c'est-à-dire la personne peut se sentir ostracisée, comme s'ostraciser elle-même, elle peut trouver refuge, par exemple, dans des réseaux sociaux, des réseaux sociaux où ils vont pouvoir être quelqu'un dans un groupe, être valorisés là où ils se sentaient humiliés, personne, sans avenir. Là, ils sont valorisés par un groupe, et justement pour l’appétence à la violence, parce qu'ils pourraient devenir des héros, parce que c'est quand même ça à ça qu'ils aspirent…
Ils deviennent des héros s'ils commettent des tueries de masse ?