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Messages privés d’Européens : les signalements passent tous par le logiciel américain de Palantir
Le NCMEC, l’organisme américain qui reçoit les signalements d’abus sexuels sur mineurs envoyés par les grandes plateformes, passe tous ces signalements dans Foundry, le logiciel de Palantir. Son vice-président l’a confirmé par écrit au journaliste suédois Arvid Grange, dont l’enquête a été publiée ce mardi 13 octobre par le quotidien Dagens ETC, puis traduite en anglais sur son blog. Les Européens sont concernés : une photo envoyée sur Instagram ou Snapchat et jugée suspecte par un algorithme peut atterrir dans cette base, gérée avec l’outil d’une entreprise qui a compté la CIA parmi ses premiers investisseurs.
Tout part d’un règlement européen temporaire, en place depuis 2021, que ses opposants surnomment « Chat Control ». Il autorise Google, Microsoft, Meta et Snap à scanner les messages privés des Européens pour y chercher des images d’abus sur mineurs. Le texte a expiré au printemps 2026, puis a été prolongé en juillet.
Pourquoi les données partent-elles aux États-Unis ? La loi américaine oblige ces entreprises à transmettre leurs détections au NCMEC (National Center for Missing & Exploited Children), via sa plateforme CyberTipline, même quand elles ont été faites en Europe. En 2025, la CyberTipline a reçu 21 millions de signalements, et le NCMEC ne compte que 25 analystes pour les trier. D’après la Commission européenne, un peu moins d’un million de signalements concernaient l’Union européenne en 2024.
Pour tenir ce volume, Palantir a offert Foundry au NCMEC. Ce logiciel croise de grosses bases de données pour faire apparaître des liens, par exemple entre plusieurs signalements qui visent la même personne. Ce qui signifie qu’une photo signalée à tort entre elle aussi dans cette chaîne.
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Officiellement, non. « Nous utilisons Palantir Foundry pour tous les signalements de la CyberTipline », a écrit John Shehan, vice-président du NCMEC, en réponse à Dagens ETC. Il précise que le logiciel tourne en local, dans l’environnement informatique du NCMEC, et que Palantir n’a pas accès aux données.
Pourtant, cette garantie repose sur la seule parole du NCMEC. L’enquête ne cite aucun contrat ni contrôle extérieur, et Palantir n’a pas répondu au journal. Sur son site, l’entreprise répète qu’elle vend des logiciels qui permettent à ses clients d’analyser leurs propres données, et qu’elle n’est pas une société de surveillance.
Si le nom fait réagir, c’est que Palantir a été fondée après le 11 septembre 2001 avec l’argent de la CIA, et que l’administration Trump l’emploie pour accélérer les expulsions menées par la police de l’immigration (ICE). « Palantir est le pire cauchemar de George Orwell », a réagi Lukas Sieper, eurodéputé allemand qui a voté contre la prolongation du texte cet été sans connaître ce lien.
Sans compter que le NCMEC ne figure pas sur la liste des organisations américaines jugées fiables par l’UE pour recevoir des données personnelles. Les plateformes passent donc par des contrats spécifiques. Pour Laura Drechsler, juriste spécialiste du droit européen des données, il est « difficile de soutenir pleinement que c’est légal ».
La Commission européenne assure que la technologie de détection la plus utilisée ne se trompe qu’une fois sur 50 milliards d’images. Bart Preneel, chercheur belge en cryptographie à la KU Leuven, conteste ce chiffre. Sur une base de test composée de visages de célébrités, son équipe a obtenu de fausses correspondances pour une image sur 1 000, et jusqu’à une image sur 10. « Un sur 50 milliards, c’est un mensonge », tranche-t-il.