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Régler la clim sur écran : plus dangereux que de conduire avec 0,8 g/l d’alcool ?
Faire quelques manipulations sur un écran tactile géant en conduisant n’a rien d’anodin. Un coup d’œil pour baisser la climatisation, un swipe pour changer de musique et c’est le drame. Les constructeurs automobiles ont progressivement supprimé les boutons physiques pour tout regrouper dans un seul outil interactif. Et régler la température ou activer les essuie-glaces demande parfois de naviguer à travers trois sous-menus dans l’écran central…
À l’ère du véhicule ultra-connecté, la boulimie d’écrans tactiles commence à poser un sérieux problème de sécurité publique. Un geste autrefois machinal et intuitif est devenu une source d’inattention majeure. C’est en tout cas le constat tiré par le l’assureur Allianz dans sa dernière étude annuelle. Intitulée « Un swipe. Un clic. Un accident. », celle-ci affirme que la distraction au volant est devenue un facteur direct ou contributif dans un accident de la route sur trois.
Ce chiffre est bien plus élevé que ce qu’on retenait jusqu’ici. En Allemagne, les précédentes estimations attribuaient environ 10 % des accidents de la route à la distraction, alors que les nouvelles analyses de l’assureur dépassent les 30 %.
Pour mesurer le phénomène, Allianz a analysé plus de 34 000 accidents, mené des tests de suivi du regard dans de vraies voitures et une étude sur simulateur avec l’Université technique de Munich, puis passé en revue plus de 80 études scientifiques. Avec la société cogniBIT, l’assureur a aussi modélisé quatre situations critiques à partir des regards relevés en conduite réelle.
Dans les quatre cas, le conducteur distrait s’en sort moins bien qu’un automobiliste avec 0,8 g/l d’alcool dans le sang. Exemple : face à un freinage d’urgence sur autoroute, la proportion de collisions bondit de 18,2 % pour un conducteur attentif à 54,3 % lorsqu’il est dissipé. Autre démonstration : lorsqu’un enfant surgit sur la chaussée, le risque de choc est multiplié par trois (passant de 3,9 à 11,2 %), et dans 39 % de ces cas, le conducteur distrait n’a pas eu le moindre réflexe de freiner.
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L’ergonomie des interfaces joue un rôle direct dans ce constat. Selon Allianz, en fonction de la conception des menus et des interfaces, le temps passé à quitter la route des yeux pour effectuer une même tâche peut varier de 25 %, soit un écart de trois secondes aveugles. Or, d’après les études compilées par l’assureur, le risque d’accident augmente nettement dès que le regard quitte la chaussée plus de deux secondes.
Autant que le smartphone reste une menace, l’ergonomie des dalles tactiles intégrées au tableau de bord est aujourd’hui directement pointée du doigt. Allianz ne remet pas en cause l’écran tactile lui-même. Selon l’assureur, le danger vient de la façon dont les fonctions de sécurité sont rangées dans l’interface. « Une voiture n’est pas un smartphone. Quand la sécurité est en jeu, la fonction doit passer avant le design », résume Klaus-Peter Röhler, membre du directoire d’Allianz SE.
Les conducteurs interrogés par Allianz vont dans le même sens. En France, 80 % des sondés estiment que les technologies embarquées ont accentué les risques de distraction ces dernières années, et 66 % souhaitent pouvoir utiliser des boutons physiques plutôt que des écrans tactiles pour certaines fonctions essentielles du véhicule. La moyenne est de 65 % sur l’ensemble de l’enquête, menée auprès de 1 200 conducteurs dans chaque pays.
Chez les 18-25 ans, le taux s’envole, puisque 82 % réclament des boutons ou des molettes. Il s’agit de la proportion la plus élevée parmi les neuf pays de l’enquête (Allemagne, Australie, Autriche, Brésil, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni et Suisse). Plus d’un Français sur trois (38 %) dit d’ailleurs avoir déjà vécu une situation critique en manipulant l’écran tactile au volant au cours des trois dernières années.