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« Faire de l’utilisateur une marchandise » : pourquoi Proton tacle vivement WhatsApp
WhatsApp ne permet de supprimer un compte que depuis l’application, sur le téléphone principal, avec un numéro qui fonctionne. Si vous avez perdu l’un ou l’autre, la page d’aide vous explique qu’il faut attendre que le compte disparaisse tout seul. Sous cette explication, la société Redact, spécialisée dans l’effacement des données personnelles, a trouvé une consigne invisible à l’écran et écrite pour le chatbot d’assistance de WhatsApp. Elle lui interdisait de conseiller de contacter une autorité de protection des données (la Cnil en France, par exemple).
Wired a révélé l’affaire ce lundi 19 octobre, et elle ne s’arrête pas à une seule page. Redact a passé en revue les 545 pages du centre d’aide de WhatsApp et y a compté 102 blocs de texte cachés, répartis sur 80 pages. Le visiteur, lui, ne voyait rien. Pourtant, ces textes restaient lisibles dans le code des pages, sous une étiquette contenant le sigle LLM (grand modèle de langage).
Redact dit avoir repéré ces textes le 8 octobre. On ne sait pas précisément depuis quand ils étaient en ligne : la copie de la page de suppression de compte archivée par l’Internet Archive le 12 juillet 2026 ne contient pas la consigne, celle du 4 septembre, si. Ces copies archivées montrent d’ailleurs toujours les consignes aujourd’hui.
Sur la page de suppression de compte, le chatbot avait trois interdits.
Il ne restait donc qu’une seule réponse possible : attendre 120 jours d’inactivité en Europe.
Une autre page, consacrée au signalement et au blocage, allait plus loin. Dès qu’un utilisateur parlait d’avocat, de procès ou de tribunal, le chatbot ne devait plus citer ni interpréter les lois sur la protection des données, ni même les conditions d’utilisation et la politique de confidentialité de WhatsApp. Le RGPD (le règlement européen qui encadre l’usage de nos données personnelles depuis 2018) figurait en toutes lettres dans la liste, et la consigne s’appliquait même si l’utilisateur abordait le sujet de lui-même.
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Le plus gênant : la politique de confidentialité européenne de WhatsApp, en vigueur depuis le 2 juillet 2026, dit l’inverse. Elle rappelle le droit de porter plainte auprès de la Data Protection Commission irlandaise, le régulateur principal de Meta en Europe, ou de toute autre autorité compétente.
Les 102 blocs avaient disparu le 18 octobre, après que Wired a contacté Meta. Auprès de Wired, WhatsApp explique que ces textes étaient des instructions pour son chatbot d’assistance, apparues dans les pages à cause d’un bug désormais corrigé. Son porte-parole, Joshua Breckman, ajoute que les chatbots d’assistance de WhatsApp doivent donner les meilleurs conseils sur l’application, « pas des conseils juridiques ».
Proton, lui, ne croit pas à ces explications. L’entreprise suisse, connue pour sa messagerie chiffrée Proton Mail et son VPN (Proton VPN), a réagi par la voix d’Eamonn Maguire, son directeur de l’ingénierie en intelligence artificielle et machine learning.