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En pleine polémique autour de Thélyson Orélien, cette autrice assume ses 371 livres écrits avec l’IA
Coral Hart publie plus d’un roman d’amour tous les deux jours depuis février 2025, en confiant l’écriture de ses premiers jets à plusieurs IA. La romancière sud-africaine annonce 371 titres et défend ouvertement sa méthode, alors que l’éditeur québécois de Thélyson Orélien vient de rompre avec lui en l’accusant d’avoir écrit son roman avec l’IA, ce qu’il dément.
Deux salles, deux ambiances. Les Éditions du Boréal ne réimprimeront pas C’était ça ou mourir et ne publieront plus Thélyson Orélien. Après avoir fait expertiser ses versions de travail, la maison québécoise dit avoir trouvé « des traces de balises d’IA » dans les métadonnées de plusieurs fichiers, sans savoir quel rôle l’IA a joué dans le roman. « Le livre a été écrit par moi », a répondu à Libération l’écrivain, qui reconnaît seulement avoir utilisé l’IA pour des recherches historiques.
Coral Hart n’a pas attendu qu’un éditeur fouille ses fichiers pour raconter comment elle produit ses romans. « J’ai choisi d’être celle qui se montre et dit : il faut avoir ces discussions », explique-t-elle à l’AFP. Ses chiffres de vente ne sont vérifiés par personne, et les acheteurs de ses livres sur Amazon n’ont aucun moyen de savoir qu’une IA a écrit le premier jet de leur roman.
Coral Hart avait passé quatorze ans dans l’édition et écrit plusieurs dizaines de livres sans IA avant de changer de méthode. Chaque roman commence chez elle par un travail humain. Elle fixe le concept de l’histoire, le style, des personnages décrits avec précision et la liste des chapitres, chacun accompagné d’un résumé. « Si vous demandez seulement à ChatGPT ou Claude “écris-moi un livre”, vous allez récupérer un truc catastrophique », prévient-elle.
Elle passe ensuite d’un modèle à l’autre, entre ChatGPT, « très bon sur les dialogues », Claude, « incroyable pour la prose », et Grok, « totalement désinhibé », qu’elle recommande pour les scènes érotiques. À ses débuts, il lui fallait deux ou trois requêtes par paragraphe, alors qu’elle obtient aujourd’hui un premier jet complet d’un coup. Elle trouve ce brouillon systématiquement mauvais et le fait reprendre par l’IA en deux passes, consacrées à la cohérence du récit puis au style. Un relecteur humain revoit enfin les détails et réécrit quelques passages. Chaque phrase du premier jet est donc écrite par une IA, et Coral Hart intervient avant, avec son plan, puis après, avec son relecteur.
L’un de ses 371 titres est entré dans les cent meilleures ventes d’Amazon, mais elle a conçu la plupart d’entre eux sur des niches repérées après une analyse du marché. Elle estime avoir dépassé le million d’exemplaires vendus en numérique, en papier et en audio, et plus d’un million de dollars de chiffre d’affaires rien qu’en 2026. En février, elle évoquait environ 50 000 ventes pour plus de 200 romans publiés en 2025, dans un entretien au New York Times. Personne n’a pu vérifier ces chiffres ni expliquer leur écart.
Amazon impose aux auteurs autoédités sur Kindle Direct Publishing de signaler les textes générés par une IA, même largement retouchés ensuite, et dispense de déclaration ceux qui confient seulement à l’IA la correction ou la recherche d’idées. Les romans de Coral Hart relèvent donc de la génération, mais seul Amazon reçoit cette déclaration, et les acheteurs ne voient aucune mention de l’IA sur la fiche du livre. « Aujourd’hui, si je le dis, on va me haïr, ajouter mon nom à une liste et me menacer », assure-t-elle après des « dizaines de milliers » de messages haineux et plusieurs menaces de mort. « Mes livres se vendent. Les lecteurs ne lisent pas les mauvais livres, ils les renvoient », répond-elle à ses détracteurs.
Chez Editis, ces livres inquiètent davantage que l’affaire Orélien. « Le vrai problème, ce sont les livres autoédités par Amazon, et derrière lequel il n’y a pas d’auteur, pas d’éditeur », déplore dans Libération Juliane Charlebois, directrice juridique du groupe. Dans l’édition traditionnelle, les groupes avancent en ordre dispersé.