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Une IA juge leur comportement au volant suspect, la police les arrête
Aux États-Unis, la police arrête des conducteurs qui n’ont commis aucun délit. Leur seul tort : avoir emprunté un trajet que l’intelligence artificielle (IA) juge suspect. Un petit air de Minority Report ?
Outre-Atlantique, des lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation sont installés au bord des routes, et photographient chaque véhicule qui passe, accompagné du lieu et de l’heure. Le réseau de l’entreprise Flock Safety en compterait à lui seul plus de 335 000 et assure depuis juillet 2025 pouvoir signaler des itinéraires jugés inhabituels. Une pratique dont la police abuserait sciemment.
Dans un rapport publié ce 26 octobre, l’American Civil Liberties Union (ACLU), une grande association américaine de défense des libertés, étaye comment des policiers s’appuient sur l’IA pour cibler des automobilistes sans aucune preuve contre eux. Une fois la cible désignée, l’agent n’a plus qu’à relever une infraction mineure pour justifier le contrôle.
Elle cite notamment l’histoire de Grace Knowles, une jeune femme en road trip. En septembre 2025, elle a quitté La Nouvelle-Orléans en direction de la Floride quand un policier l’a arrêtée car elle serait restée trop longtemps sur la voie de gauche. Il l'a interrogée sur son itinéraire et, doutant de sa version, l'a invitée dans son véhicule. À l’écran, une carte des États-Unis retraçait ses déplacements, chaque point renvoyant à une photo de sa plaque.
Le policier lui a alors expliqué que les caméras sont « partout », y compris au dos des panneaux routiers. En réalité, c’était une IA qui avait signalé le véhicule de la jeune femme à l'officier. Et son cas est loin d’être isolé.
Au Texas, un jury a donné raison à un vendeur de matériel pétrolier, arrêté pour un prétendu écart de voie que les images de sa caméra embarquée contredisaient. Un centre fédéral avait alerté la police locale parce qu’il avait simplement fait l’aller-retour entre deux localisations, un trajet qui posait question au système de surveillance. Dans le même comté, des milliers d’autres conducteurs auraient subi le même traitement.
L’ACLU craint que ces algorithmes piègent bien plus d’innocents que de coupables, et redoute des dérives politiques, par exemple contre des personnes qui ont participé à des manifestations. » Même avant l’apparition des lecteurs de plaques d’immatriculation et de l’IA, les contrôles sous faux prétexte étaient malheureusement assez courants en tant que stratégie policière, raison pour laquelle l’ACLU se bat depuis des années pour les faire interdire », étaye l’organisme.
« Mais ce à quoi nous assistons aujourd’hui marque un changement radical par rapport à la manière dont la police a toujours fonctionné : celle-ci peut désormais utiliser la technologie pour nous surveiller tous en permanence, puis s’appuyer sur l’IA pour analyser les montagnes de données ainsi générées afin d’identifier des suspects, qui sont ensuite interpellés sous de faux prétextes », poursuit-elle.
Dans ce contexte, elle appelle à mettre fin à « la surveillance des plaques d’immatriculation, au suivi de localisation sous toutes ses formes et à la surveillance de masse en général ». En France, la lecture automatisée des plaques existe déjà pour la police, la gendarmerie et les douanes, sous le contrôle de la CNIL. Une loi de 2023 autorise même les douanes à tester, à titre expérimental, le repérage de véhicules qui circulent régulièrement ensemble.