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"Vont-ils toujours être dans le déni ?" : à Suèvres, la commune où est enterrée la "martyre de l’A10", on attend avec impatience le procès des parents
Trente-neuf ans après la mort de celle qui fut longtemps "la petite inconnue de l'A10", les habitants de la commune de Suèvres sont toujours profondément marqués. Identifiés 30 ans plus tard grâce à l'ADN, les parents d'Inass, aujourd'hui septuagénaires, vont être jugés à partir de lundi pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort".
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Un procès d'une affaire hors du commun s'ouvre lundi 2 novembre. C’est ce qu'on a appelé pendant 30 ans "le mystère de la petite inconnue de l'autoroute A10". Une petite fille avait été retrouvée morte en bordure d'autoroute, à l'été 1987, victime d'actes d'une cruauté sans nom. Il aura fallu trois décennies et un coup de pouce du destin avec de l'ADN pour l'identifier. Elle s'appelait Inass. Ses parents, qui ont aujourd’hui près de 75 ans, ont été arrêtés. Leur procès sera particulièrement suivi à Suèvres dans le Loir-et-Cher, le village où Inass a été enterrée et qui l'a littéralement adoptée.
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Les cloches sonnent dans la commune de Suèvres, qui compte 1 500 habitants. Il est 11 heures, en cette matinée d’automne. Raphaël Pilleboue, la mémoire de l’affaire Inass, nous accueille devant le cimetière : "Nous allons retrouver cette petite tombe où repose Inass depuis 40 ans". Cette tombe déborde de décorations. Une stèle a été érigée quand on a enfin pu donner un prénom à la petite fille, après l’arrestation de ses parents en 2018. Dessus, on a déposé deux figurines de Playmobil, une peluche, des fleurs et une ribambelle de petits cailloux avec des inscriptions. "On voit que ce sont des mots d'amour, avec tous, pratiquement, un petit cœur : 'Repose en paix à jamais', 'Noël joyeux Inass !' Ça c'est de Noël dernier", commente Raphaël Pilleboue. Il reste encore la plaque d'origine : "À la mémoire de la petite inconnue de l'autoroute A10. C'est la petite de la commune. Elle a été adoptée", poursuit celui qui préserve la mémoire de cette affaire.
En 1987, Raphaël Pilleboue est maire adjoint, quand il apprend qu’un petit corps a été découvert le long de l’autoroute. Quarante ans plus tard, l’affaire ne l’a jamais quitté. "On s’était dit que c’était une affaire qui allait se résoudre. Mais on s’est aperçu au fur et à mesure des semaines qui passaient que ça sortait quand même de l’ordinaire et qu’on allait être le centre d’une grande affaire" explique-t-il. "Je ne sais pas si c’est de la colère. C’est de l’indignation. Elle n’a pas à être ici, on n’aurait jamais dû la connaître, elle aurait dû vivre sa vie de femme, elle aurait des enfants, elle aurait 43 ans. Elle, c’est la violence, c’est la barbarie humaine qui l’a conduite ici", déplore l’ancien maire adjoint.
En sortant du cimetière, on passe devant la petite maison depuis les fenêtres de laquelle, en 1987, le garde champêtre, puis les gendarmes ont guetté pendant plusieurs mois les allées et venues, espérant un visiteur qui sorte de l'ordinaire, un parent ou un proche de la petite fille.
Arrivé en mairie de Suèvres, Raphaël Pilleboue dépose sur la table deux gros dossiers. Ce sont des archives. "Un chèque de 200 euros, de 50, un de 30, un de 20... Ici, vous avez des courriers. Vous en avez un qui vient de Lille, vous en avez de Rochefort en Charente-Maritime", énumère-t-il, avant de se mettre à lire une des lettres archivées datant du 22 juin 2018. "Je me permets de vous écrire aujourd'hui pour vous dire combien j'avais été peiné en apprenant en son temps le martyre subi par la petite Inass. Mon âge ne me permet pas, hélas, d'aller me recueillir sur sa tombe. Je joins donc un chèque à ma lettre, et vous serai très reconnaissant de faire déposer une composition florale, roses blanches et roses."
"C’est émouvant et réconfortant de voir l'impact national que cela peut générer. On est sur le martyre d'un enfant. C