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Quels sont les navigateurs encore compatibles avec Manifest V2 ?
Avec Chrome 150, Google a retiré les dernières briques qui permettaient de prolonger artificiellement la vie des extensions Manifest V2 comme uBlock Origin. L'équipe de Microsoft Edge vient également d'annoncer la fin de la prise en charge ce mois-ci. Tour d'horizon, navigateur par navigateur, de ce qui reste possible aujourd'hui.
Article mis à jour suite à la récente décision de Microsoft d'abandonner les extensions reposant sur Manifest V2
Nous rapportions récemment que Chrome 150 avait fait disparaître le dernier flag permettant de réactiver artificiellement les extensions Manifest V2 comme uBlock Origin. Ce verrou concernait Chrome en premier lieu, mais sa disparition oblige aussi les autres navigateurs basés sur Chromium à clarifier leur position face à Manifest V3.
Google justifie ce changement par la sécurité. L'ancienne API webRequest donnait à une extension un accès direct à chaque requête réseau, y compris son contenu, avant même qu'elle n'atteigne le site visé. Une extension malveillante pouvait ainsi intercepter des identifiants de connexion ou des jetons de session sans que l'utilisateur s'en aperçoive. Avec declarativeNetRequest, l'extension ne voit plus passer les requêtes une par une. Elle soumet à l'avance une liste de règles au navigateur, du type "si tel domaine, alors bloquer", et c'est le navigateur lui-même qui les applique, sans jamais transmettre le détail du trafic au code de l'extension. Ce changement d'architecture réduit la surface d'attaque, un argument que même les développeurs critiques de Manifest V3 reconnaissent en partie fondé.
Chrome garantit à chaque extension un minimum de 30 000 règles statiques, un quota qui peut se réduire si d'autres extensions installées consomment aussi leur part du total partagé par le navigateur. Côté règles ajoutées dynamiquement par l'extension elle-même, la limite est de 30 000 au total, dont 5 000 au maximum réservées aux règles jugées plus sensibles, comme les redirections. Une installation type d'uBlock Origin sous Manifest V2 s'appuyait pourtant sur plus de 300 000 règles de filtrage, mises à jour en continu selon les domaines publicitaires détectés. Alors forcément, le filtrage visant à masquer un encart publicitaire directement dans la page après analyse de son contenu, perd en précision. Les serveurs publicitaires qui changent régulièrement de nom de domaine deviennent aussi plus difficiles à suivre, faute de mise à jour dynamique des règles.
Raymond Hill, le développeur d'uBlock Origin, l'a affirmé début juin : "Il n'existe pas de version Manifest V3 d'uBO." La version Lite qu'il maintient malgré tout ne couvre qu'une partie des listes de filtres et ne permet pas le filtrage cosmétique, la technique qui masque les éléments publicitaires par sélecteur CSS après le chargement de la page. AdGuard a contourné une partie du problème avec un algorithme qui répartit ses filtres entre règles statiques, les plus génériques et stables, et règles dynamiques, les plus spécifiques, afin de rester sous le plafond fixé par Google.
Quoi qu'il en soit, Google est aussi la première régie publicitaire au monde, et un blocage moins efficace profite forcément à son modèle économique. L'entreprise s'en défend en avançant des gains réels de sécurité et de performance. Mais l'un n'empêche pas l'autre.
Mozilla a été très clair au sujet de Firefox. Le navigateur continue de prendre en charge Manifest V2 et Manifest V3 en parallèle, sans date de retrait annoncée. Il conserve le blocage via webRequest évoqué plus haut, ce qui lui évite les plafonds de règles imposés par declarativeNetRequest. Les forks du navigateur, comme LibreWolf ou Waterfox, héritent naturellement de cette compatibilité.
Brave a choisi une approche différente : plutôt que de maintenir l'ensemble de Manifest V2, l'éditeur a codé en dur une exception pour quatre extensions précises, uBlock Origin, AdGuard AdBlocker, NoScript et uMatrix. L'équipe a repris du code de Chromium désormais absent de Google Chro