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L'Ukraine démantèle 94 centres d’appels frauduleux et saisit des millions en liquide
La police nationale, le Service de sécurité et le parquet général ukrainiens ont démantelé 94 centres d’appels frauduleux. Les enquêteurs ont saisi plusieurs millions de dollars en espèces, de l’or et l’accès à des portefeuilles de cryptomonnaies et vingt-six suspects sont désormais poursuivis pour fraude et blanchiment.
En une semaine, ces trois institutions ont mené 411 perquisitions à travers le pays. Les centres démarchaient des résidents de l’Union européenne et des ressortissants ukrainiens. Les enquêteurs ont saisi environ 2 millions de dollars, soit 1,73 million d’euros, en espèces, 64 000 euros, un kilo d’or en lingots et bijoux, et un accès à vingt portefeuilles de cryptomonnaies. Un montant supplémentaire en hryvnias, non précisé, a également été saisi.
Au total, l’opération a permis de confisquer 3 336 ordinateurs, 1 346 téléphones et 5 200 cartes SIM, répartis sur 1 794 postes de travail équipés, ainsi que quatre-vingt-dix cartes bancaires et vingt-deux véhicules.
Au terme de l’enquête, vingt-six personnes sont désormais inculpées pour fraude et blanchiment de capitaux. Cette double qualification, prévue par les articles 190 et 209 du Code pénal ukrainien, expose les accusés à douze ans de prison et à la confiscation de leurs biens.
Les escrocs empruntaient l’identité de banquiers ou de courtiers pour signaler une fausse transaction suspecte, sous la menace d’un blocage de compte. Sous cette fausse pression, une partie des victimes transférait ses économies vers un compte prétendument sécurisé, ou installait un logiciel d’accès distant sur son ordinateur.
Ils exploitaient également de fausses plateformes d’investissement en cryptomonnaies, une méthode neutralisée par Europol en avril dans un centre basé en Albanie qui avait permis d’arrêter dix personnes et la fermeture de trois structures similaires, responsables de plus de 50 millions d’euros de préjudice pour des victimes européennes. Neuf domiciles avaient aussi été fouillés, pour environ 892 000 euros de liquide saisi.
Les escrocs promettaient aussi auprès d’anciennes victimes ukrainiennes de récupérer l’argent perdu, contre de nouveaux versements. Ces centres vendaient de faux traitements médicaux sous forme de compléments alimentaires, sans autorisation médicale préalable.
En parallèle, les enquêteurs ont identifié 867 adresses liées à ces montages et 67 instruments financiers, formés de 40 comptes bancaires, 12 portefeuilles de cryptomonnaies et 15 intermédiaires repérés dans le blanchiment.
Les organisateurs de ces réseaux opèrent surtout depuis Dnipro, bien que les 94 centres fermés cette semaine soient répartis dans plusieurs régions du pays. L’industrie ukrainienne des centres d’appels frauduleux compterait, selon plusieurs estimations, entre 60 000 et 100 000 employés, pour un chiffre d’affaires évalué jusqu’à un milliard de dollars par mois, environ 867 millions d’euros.
Après février 2022, des groupes de fraudeurs ukrainiens ont aussi réorienté une partie de leurs appels vers des citoyens russes. Eurojust a coordonné une opération comparable en décembre 2025, avec les polices tchèque, lettone et lituanienne, autour de trois centres actifs à Kyiv, Dnipro et Ivano-Frankivsk, soupçonnés d’avoir escroqué plus de 400 victimes européennes pour environ 10 millions d'euros. Au total, 45 suspects avaient été identifiés dans les quatre pays de l’enquête, dont l’Ukraine. Les meilleurs éléments touchaient jusqu'à 7 % des sommes extorquées dans ce dossier, avec des primes en espèces, en voiture ou en appartement promises au-delà de 100 000 euros de revenus personnels.