// LES NUMÉRIQUES — INTELLIGENZA ARTIFICIALE
Actualité : Fûts radioactifs dans l'Atlantique : ce que les images du sous-marin Nautile révèlent enfin
À 4 700 mètres sous la surface, à un millier de kilomètres de nos côtes, dorment plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs largués pendant quarante ans. La mission française NODSSUM vient d'aller les observer de près, image par image. Le constat est sans détour : beaucoup sont éventrés, et leur contenu se répand sur le sédiment. Récit d'une plongée dans un cimetière oublié.
© Image générée par Gemini - Fûts radioactifs dans l'Atlantique : ce que les images du sous-marin Nautile révèlent enfin
Sur l'écran, il n'y a d'abord que du sable gris, une plaine sans fin balayée par les projecteurs du sous-marin. Puis une forme émerge de l'obscurité, cylindrique, rongée de rouille. Un mètre de long, à peine. Puis une deuxième, une troisième. Le pilote du Nautile murmure ce que tous pensent : il y en a partout. À près de cinq kilomètres sous la mer, l'engin vient de retrouver ce que l'humanité avait choisi d'oublier au plus profond de l'océan.
L'histoire remonte à l'après-guerre. Jusqu'en 1993, immerger ses déchets radioactifs dans les eaux internationales était la solution la plus simple et la moins chère pour les pays dotés de la technologie nucléaire. La logique de l'époque tenait en une formule brutale : loin des yeux, loin du cœur. On scellait les déchets faiblement à moyennement radioactifs dans des fûts métalliques, remplis de bitume, de résine ou de ciment pour les lester, avant de les laisser couler par des milliers de mètres de fond.
Le bilan de cette pratique donne le vertige. Entre 1946 et 1990, quatorze pays au total ont utilisé les océans comme décharge nucléaire. Rien que dans l'Atlantique Nord-Est, plus de 200 000 fûts ont été immergés, principalement par le Royaume-Uni, mais aussi par la Belgique, la France, la Suisse ou les Pays-Bas. Le tout à plus de 4 000 mètres de profondeur, dans les plaines abyssales situées à environ 1 000 kilomètres au large des côtes françaises. Puis on a cessé, signé des traités d'interdiction, et détourné le regard. Pendant près de quarante ans, plus personne n'est allé voir ce que devenaient ces barils. Les seules données disponibles dataient des années 1980.
Il aura fallu attendre 2025 pour que la France décide de lever le voile. La mission NODSSUM, portée par le CNRS avec l'Ifremer et l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, s'est donné un objectif à la mesure du défi : retrouver, cartographier et analyser ces fûts perdus dans un territoire immense. Chercher des objets d'un mètre éparpillés sur des milliers de kilomètres carrés, dans le noir absolu, revenait à traquer des aiguilles dans une botte de foin grande comme un département.
La première campagne, à l'été 2025, a relevé ce premier défi. À bord du navire L'Atalante, le robot sous-marin autonome Ulyx a effectué ses toutes premières plongées scientifiques, seize au total, parcourant plus de 800 kilomètres pour photographier le fond. Résultat, 3 355 fûts localisés avec précision sur une zone d'à peine 163 kilomètres carrés. La seconde campagne a changé de braquet. Du 27 mai au 29 juin 2026, depuis le navire Pourquoi pas, le sous-marin habité Nautile a plongé une vingtaine de fois pour approcher les barils au plus près, avec des chercheurs à bord, et réaliser cette fois des prélèvements ciblés d'eau, de sédiments et de faune.
C'est là que les images deviennent troublantes. Beaucoup de fûts, après un demi-siècle passé sous les flots, sont décrits comme éventrés. Leur enveloppe d'acier a cédé sous la corrosion et la pression, et leur contenu, ce mélange censé piéger la radioactivité, s'échappe sur les sédiments environnants. Le spectacle filmé par le Nautile est à la fois spectral et fascinant, une galerie de carcasses métalliques posées sur la plaine abyssale.
Faut-il pour autant céder à la panique ? Les scientifiques appellent à la nuance. La radioactivité globale mesurée dans la zone reste, à ce stade, faible. Mais, et c'est le point décisif, des niveaux supérieurs aux valeurs attendues ont été relevés à proximité im