// CLUBIC — CYBERSECURITY
Méfiez-vous des emojis dans vos e-mails, ils peuvent cacher un malware
Une campagne de piratage a été découverte dans laquelle un fichier joint à un faux e-mail bancaire dissimule le logiciel espion Agent Tesla derrière de simples emojis Unicode glissés dans son code. Elle concerne les services financiers d’entreprises, sous couvert d’un virement bancaire à traiter en urgence.
Un e-mail piégé peut dissimuler son malware derrière des emojis anodins, glissés dans le code de sa pièce jointe. Dans une campagne analysée par les chercheurs du KnowBe4 Threat Lab, un message imite la Metropolitan Bank and Trust Company, banque philippine, pour piéger des services financiers d’entreprises avec un faux virement à confirmer en urgence, sous une pièce jointe intitulée « SWIFT Payment Maker 103 ».
La pièce jointe, un script JScript de près de 7 Mo, cache son malware derrière des cœurs et des gouttes d’eau glissés dans le code. À l’exécution, l’interpréteur Windows les ignore, mais leur présence brouille la détection par signature des antivirus. Sans jamais écrire son exécutable sur le disque, le script installe ensuite Agent Tesla, un logiciel espion actif depuis plus de dix ans mais dont on vous a déjà parlé sur Clubic.
Une fois ouvert, le fichier . JS dépose deux éléments dans le dossier public C:\Users\Public\Libraries, un chargeur . NET, wabmmxofrrdsjlsx.exe, et un second fichier à l’extension trompeuse, wabmmxofrrdsjlsx.ttf, en réalité le code du logiciel espion encodé.
Le chargeur .NET injecte ensuite un shellcode, DonutLoader, chargé de placer Agent Tesla directement en mémoire vive. L’exécutable du logiciel espion ne touche donc jamais le disque, une exécution entièrement contenue dans la mémoire du processus visé.
Avant de collecter la moindre donnée, le programme multiplie les vérifications anti-analyse, interroge une fonction Windows pour repérer un débogueur actif, mesure des écarts de temps système pour détecter une machine virtuelle accélérée, et recherche des bibliothèques propres aux environnements d’analyse comme Sandboxie ou Comodo.
Une fois ces vérifications passées, le malware active 21 modules de récolte, notamment sur 40 navigateurs, entre familles Chromium et Mozilla, les identifiants Outlook, Foxmail et Discord, et le gestionnaire d’identifiants de Windows. Pour les mots de passe stockés dans Chrome, le programme extrait la clé maîtresse chiffrée, la décode en base64, retire l’en-tête DPAPI, puis déchiffre le tout en AES-GCM.
Toutes les données récoltées, identifiants, frappes de clavier, captures d’écran et contacts, transitent vers un serveur FTP à l’adresse ftp.melrz.com, sur le port 21 ou un second port dédié.
Dans le code du logiciel espion, les identifiants de ce serveur apparaissent en clair. Ce détail a simplifié le travail des enquêteurs. Pour brouiller les pistes, le programme affiche par ailleurs une fausse identité, celle d’un exécutable Python 3.11.3 signé par la Python Software Foundation, alors que son architecture réelle trahit un tout autre outil. Quand une base de données est verrouillée, un analyseur SQLite maison prend le relais, avant de recourir, en dernier ressort, à la duplication de descripteurs système pour la débloquer.
Le logiciel espion Agent Tesla circule depuis 2014. Cette campagne exploite sa quatrième version, Agent Tesla v4. Selon Check Point Research, le logiciel a touché 3 % des entreprises dans le monde en avril 2020. Lors de ces campagnes de spam, des pirates usurpaient la marque de l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, Google bloque l’envoi et la réception de pièces jointes .js depuis janvier 2017, une mesure prise après une vague de rançongiciels diffusés par ce biais. La liste des extensions interdites par Gmail compte aujourd’hui une trentaine de formats exécutables, du .exe au .vbs.