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Après l'échec du rachat de Manus, Meta pourrait vendre ses propres agents IA
Privé de la pépite chinoise qu'il avait payée 2 milliards, Meta s'apprête à lancer Hatch, son premier agent IA grand public. Avec une facture qui pourrait grimper jusqu'à 200 dollars par mois.
Racheter un agent IA plutôt que le construire, l'idée avait tout du raccourci malin. Fin décembre 2025, Meta annonçait l'acquisition de Manus pour environ 2 milliards de dollars, avec la promesse faite à Washington qu'aucun actionnaire chinois ne resterait au capital. Huit mois et une intervention de Pékin plus tard, la start-up est repartie de son côté et Mark Zuckerberg se retrouve à faire ce qu'il voulait éviter : tout construire lui-même. D'après les documents internes consultés par le média américain The Information, ce chantier a un nom, Hatch, et un lancement attendu dans les prochaines semaines.
La chronologie de l'affaire Manus vaut le détour et signe un précédent dans la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. La société était née à Pékin avant de déménager son siège à Singapour au milieu de l'année 2025, manœuvre classique pour échapper aux restrictions américaines sur les investissements dans les technologies sensibles. Sauf que la Commission nationale du développement et de la réforme, le puissant planificateur économique chinois, n'a pas apprécié le procédé et a ordonné l'annulation pure et simple de l'opération fin avril. Le 11 août, Manus confirmait à ses utilisateurs son retour à l'indépendance, une séparation présentée pudiquement comme une mise en conformité avec les exigences réglementaires de certaines régions du monde.
Meta a donc versé les fonds, intégré les équipes, commencé à absorber la technologie, puis a dû tout défaire. Le recrutement n'a pas mieux tourné du côté des talents : Peter Steinberger, le créateur de la plateforme open source OpenClaw dont Zuckerberg s'était entiché, a préféré rejoindre OpenAI en février. Restait le rachat en mars de Moltbook, ce forum peuplé d'agents autonomes construit précisément sur OpenClaw, dont le patron a rejoint le laboratoire d'IA avancée de Meta. Beaucoup de mouvements pour un résultat qui tient dans un mot : recommencer.
Le projet Hatch mijote depuis le printemps et avance en parallèle du feuilleton chinois, pas en réaction à celui-ci. Pour apprendre à l'agent à naviguer sur le web sans tout casser, Meta aurait construit des répliques fermées de plateformes comme Reddit, Etsy, DoorDash ou Outlook. Des terrains d'entraînement où l'agent se trompe sans conséquence. L'ironie de la période veut que Hatch soit entraîné sur Claude, le modèle d'Anthropic, avant une bascule prévue vers le modèle maison de Meta pour le déploiement commercial. Payer un concurrent pour former l'outil qui viendra le concurrencer, voilà une dépendance que le groupe compte visiblement solder rapidement, avec un modèle baptisé Watermelon visé pour octobre.
Meta a bâti son empire sur des services gratuits financés par la publicité, et envisagerait cette fois jusqu'à 200 dollars mensuels, un niveau qui l'aligne sur les offres haut de gamme des géants du secteur. La question européenne reste entière. Le groupe est coutumier des calendriers décalés de ce côté de l'Atlantique. Meta AI n'a été déployé en France qu'en mars 2025, deux ans après son lancement américain, et le lancement français des Ray-Ban Display a été repoussé en janvier dernier. Rien n'indique pour l'instant que Hatch échappera à cette mécanique, entre obligations du DMA et vigilance des régulateurs. Zuckerberg avait d'ailleurs résumé son ambition lors de la dernière conférence sur les résultats trimestriels de Meta, sans citer Hatch : des agents qui comprennent vos objectifs et travaillent jour et nuit pour vous aider à les atteindre.