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Comment une IA au bout du fil piège les propriétaires d'iPhone volés ?
Un kit criminel permettrait à des voleurs d'iPhone de louer une IA vocale qui appelle leurs victimes et se fait passer pour le support Apple. Le but : extorquer le code de déverrouillage en quelques secondes de conversation.
Depuis qu'Apple a introduit le verrouillage d’activation avec iOS 7 en 2013, voler un iPhone ne résout qu'une moitié du problème pour les malfaiteurs : l'appareil reste inutilisable après réinitialisation sans le compte Apple ID original. Ce verrou a eu un effet collatéral inattendu ; en rendant l'appareil invendable sur le marché de l'occasion, il a déplacé la cible vers son propriétaire. Selon un rapport publié le 24 août 2026 par la société de cybersécurité SOCRadar, un kit criminel actif depuis au moins février 2024 aurait industrialisé cette approche à grande échelle.
Baptisé AnonyMousKIT par les chercheurs, le kit serait une plateforme de phishing-as-a-service commercialisée en bundles de crédits, avec tarifs affichés, marques de revente et support client (la structure ressemble trait pour trait à du SaaS, si l'on veut bien ignorer que la production est entièrement criminelle). Selon le rapport, 168 vitrines distinctes partageraient le même code source, opérant sur 506 domaines identifiés. Chaque vitrine disposerait de son propre panneau de gestion, mais toutes partageraient la même infrastructure, ce qui a permis aux chercheurs, une fois dans le système, de cartographier l'ensemble de l'écosystème.
La persona vocale, baptisée « Alice du service client Apple », tournerait sur GPT-4o et GPT-3.5-turbo via un compte VAPI.ai loué, avec des voix ElevenLabs disponibles en anglais, espagnol et portugais. Ce qui donnerait à l'appel son apparence de légitimité, c'est le contexte mobilisé d'emblée : le modèle exact de l'appareil (l'identifiant interne iPhone16,2 pour un iPhone 15 Pro Max, par exemple) et sa dernière position GPS fournie par Find My. Ces deux informations sont accessibles à quiconque tient le téléphone volé. Le script viserait d'abord le code PIN à quatre ou six chiffres, puis le mot de passe Apple ID, puis un code d'authentification à deux facteurs confirmé à l'oral en temps réel.
SOCRadar a pu accéder aux logs du kit via une erreur de configuration, des chemins relatifs laissant les fichiers serveur exposés. Entre août 2025 et mai 2026, 200 appels auraient été enregistrés pour un coût total de 19,24 dollars, soit environ dix centimes par tentative. Sur ces 200 appels, 100 se sont soldés par un raccroché immédiat, 48 par un silence, 24 par une absence de réponse et 28 par des erreurs de la plateforme elle-même. La cible dominante serait le Brésil (90 % des appels vocaux), bien que la France apparaisse dans la cartographie des envois d'e-mails, avec 108 tentatives recensées dans les logs.
Depuis plusieurs années, les arnaques au faux support Apple progressent en France, que ce soit via des notifications détournées ou des campagnes ciblant directement les Apple ID avec des codes 2FA extorqués en temps réel. Ce que le passage à un agent vocal IA change, c'est la disparition des signaux habituels d'imposture : l'accent approximatif, les hésitations, les erreurs de terminologie. Une voix synthétique ne trahit rien de ces marqueurs.
L'efficacité potentielle du kit reposerait sur un moment de vulnérabilité précis. Dans les minutes qui suivent un vol, la victime consulte Find My, constate que l'iPhone est encore actif quelque part, et reçoit un appel d'un « support Apple » qui confirme spontanément la position de l'appareil. La précision de l'information crée une apparence de légitimité que le stress du moment amplifie considérablement. Sur les 108 envois d'e-mails référencés en France dans les logs de SOCRadar, aucun chiffre ne permet d'estimer le nombre de comptes effectivement compromis. Figurer dans la cartographie des tentatives et avoir été victime restent deux situations très différentes.
Il existe une règle sans exception : Apple ne contacte jamais ses utilisateurs par appel sortant pou