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Mistral AI est-elle encore une entreprise française ? Enquête sur qui sont ses investisseurs d'ici et d'ailleurs
Mistral AI vient de boucler la plus grosse levée de fonds jamais réalisée par une tech européenne, 3 milliards d'euros, menés par le Sud-coréen Samsung. Mais derrière l'étiquette du « champion français », qui met vraiment la main au portefeuille ?
Depuis sa création à Paris en 2023, Mistral AI a levé plus de 6,5 milliards d'euros cumulés, entre capital et dette. Ça commence à faire beaucoup, on vous l'accorde, et c'est tant mieux d'ailleurs, cocorico ! Mardi 8 septembre, la pépite tricolore Mistral a annoncé avoir bouclé la plus grosse levée de fonds jamais réalisée par une jeune société tech européenne. À chaque tour de table néanmoins, la même question revient, un peu lancinante : qui paie, et d'où vient l'argent ? Il y a les fonds de la Silicon Valley, des industriels asiatiques, des fortunes tricolores bien sûr et même l'argent du Golfe. Oui, Mistral AI est une entreprise française, mais bien plus internationalisée qu'on ne l'imagine.
Il y a quelques mois sur Clubic, nous nous demandions à quel point Mistral AI est une entreprise dite « souveraine », vous savez le fameux mot à la mode dont chacun se fait sa définition en fonction de ses besoins ? Intéressons-nous cette fois au sujet de l'argent, d'où il vient et si on peut toujours considérer Mistral comme une société française ? Remontons un peu le fil pour comprendre. En juin 2023, à peine un mois après sa naissance, Mistral AI boucle son tout premier tour de financement, ce qu'on appelle un « seed » dans le jargon, c'est-à-dire l'argent qui permet à une jeune pousse de démarrer avant même d'avoir un produit fini. Et il est record à l'époque : 105 millions d'euros, du jamais-vu en Europe pour un premier tour de table. L'opération est menée par l'Américain Lightspeed Venture Partners, épaulé par des noms bien de chez nous, comme Bpifrance, Xavier Niel (Iliad/Free), Rodolphe Saadé (CMA-CGM/BFM-RMC). Mais on y croise aussi le belge Sofina, les fonds britanniques LocalGlobe et Firstminute Capital, l'allemand Headline, et même l'ex-patron de Google, Eric Schmidt. Le ton est donné, et dès le premier jour, l'argent qui construit Mistral vient de bien plus loin que Paris.
Six mois plus tard, en décembre 2023, rebelote, avec un deuxième tour de financement, en Série A, l'étape qui suit logiquement le seed, une fois que la start-up a fait ses preuves et cherche des moyens plus importants pour grandir. Rien à voir avec le football, pour les petits plaisantins au fond de la salle. Là, le montant est à la hauteur : 385 millions d'euros. Cette fois, c'est le fonds californien Andreessen Horowitz qui prend la tête des opérations, accompagné de General Catalyst et Salesforce Ventures côté américain, de BNP Paribas côté français. La valorisation de Mistral grimpe alors à près de 2 milliards de dollars, un seuil symbolique qui lui vaut le statut envié de « licorne », ce petit club à l'époque très fermé des start-up valorisées à plus d'un milliard de dollars avant même d'être cotées en Bourse. Une performance atteinte moins d'un an après son lancement.
En juin 2024, nouvelle étape, avec la Série B, troisième tour de financement, qui sert généralement à passer à l'échelle une fois que l'entreprise a prouvé sa solidité. On atteint les 600 millions d'euros, menés par General Catalyst, avec les mammouths NVIDIA et IBM, qui embarquent aussi dans l'aventure. Mais c'est surtout l'arrivée de nouveaux visages qui marque les esprits. Citons par exemple DST Global, un fonds d'investissement basé à Hong Kong et réputé pour avoir misé tôt sur Facebook ou Alibaba, qui fait son entrée. Dans son sillage, on a les deux premiers capitaux venus d'encore plus loin : le sud-coréen Hanwha Asset Management et le saoudien Sanabil Investments, le fonds d'investissement du royaume. À leurs côtés, on retrouve deux habitués français avec Eurazeo et Korelya Capital, le fonds de l'ex-ministre Fleur Pellerin, lui-même financé par le géant coréen Naver. L'argent qui construit l'IA « made in France » vient de partout,