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Chez Apple, pendant dix ans, la mémoire vive a été une rente déguisée en option
On a tous joué à ça. Devant le configurateur Apple, on choisit son Mac, tout se passe bien, et puis arrive la ligne de la mémoire. Au moment de passer de 16 à 24 Go, la note grimpe d’environ 200 €, pour un composant qui se trouve à une vingtaine d’euros sur Amazon. Ce supplément est resté un symbole tranquille : une marque qui sait jusqu’où pousser le curseur sans que personne ne parte vraiment.
Sauf que la blague a changé de camp. Le 25 juin 2026, Apple a relevé les prix de presque toute sa gamme, de 100 à 700 € selon le produit, en pointant la flambée de la mémoire. Mac, iPad et appareils de salon trinquent, seul l’iPhone passe entre les gouttes.
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Le motif est réel : la DRAM a bondi d’environ 98 % sur le seul premier trimestre selon le cabinet TrendForce, et son prix a été multiplié par quatre depuis fin 2025 selon Counterpoint, aspiré par les data centers d’IA. La liste complète des hausses est détaillée chez nous. Apple se retrouve donc à se plaindre du prix d’un composant qu’elle facturait à prix d’or depuis dix ans.
Le plus savoureux, c’est qu’Apple avait largement les moyens d’encaisser. En mars dernier, alors que les composants montaient déjà, la firme avait laissé ses tarifs d’upgrade RAM strictement inchangés, sa marge étant assez confortable pour avaler la hausse sans broncher.
Le supplément mémoire reste la rallonge la plus facile du secteur : soudée à la puce, impossible à ajouter soi-même, facturée au tarif qu’Apple décide. Qu’elle relève quand même ses prix de base trois mois plus tard ressemble surtout à un réflexe, celui de protéger des marges parmi les plus élevées de la tech. Et le fait que l’iPhone, l’Apple Watch et les AirPods soient épargnés finit de trahir la logique. Un coût vraiment subi se répercuterait partout ; là, Apple a soigneusement choisi les gammes où la hausse passe le mieux.
Apple n’est pas seule dans cette danse, toute la tech encaisse le même choc sur les mêmes puces, et la pénurie existe, personne ne l’invente. Mais quand Tim Cook, le patron d’Apple, parle d’une « inondation centennale » au Wall Street Journal et jure n’avoir « jamais rien vu de tel en plus de quarante ans », on entend surtout l’alibi commercial parfait derrière le constat technique. Une crise venue de l’extérieur, c’est l’occasion rêvée de relever des prix qu’on défendait déjà mal, en se donnant le beau rôle. Et comme la demande d’IA n’a rien de passager, l’excuse a de beaux jours devant elle.
Pour le lecteur, la conséquence tient en une ligne : les meilleurs prix, c’était avant. Il reste des stocks à l’ancien tarif chez les revendeurs, on déniche encore le MacBook Air M5 autour de 1 099 € ou de l’Apple TV 4K avant la bascule, et le MacBook Neo soldé ici ou là.
Au-delà de la bonne affaire du moment, la séquence dit quelque chose de plus durable. Pendant dix ans, la mémoire a été une rente déguisée en option. Il aura fallu qu’elle coûte enfin de l’argent pour qu’Apple découvre, émue, que c’était devenu une crise.
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