// FRANDROID — MONDO
Le futur numéro anti-fraude bientôt en France : comment ça va marcher ?
Un appel d’un prétendu conseiller qui signale une opération suspecte sur notre compte, on a tous la crainte de se faire avoir. Et la crainte de se faire avoir un jour est bien réelle, tant les escrocs sont convaincants et bien renseignés. Le bon réflexe est connu : raccrocher et rappeler sa banque. Encore faut-il savoir quel numéro composer, et c’est justement ce que les banques françaises veulent simplifier.
C’est ce trou dans la raquette que vise le projet évoqué par l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) dans son rapport annuel 2025. Le principe, détaillé par la Banque de France au Figaro : en cas de doute, on raccroche, on compose un numéro de quelques chiffres, on passe une identification sécurisée et on atterrit au service antifraude de sa propre banque.
La fraude par manipulation a atteint 516 millions d’euros en 2025, en hausse de 34 % sur un an, soit 41,6 % de toute la fraude aux moyens de paiement. Sur cette somme, 376 millions passent par des virements que les victimes effectuent elles-mêmes, sous la pression de l’escroc. L’authentification forte ne sert à rien quand c’est le titulaire du compte qui valide l’opération.
Pour la rentrée, BNP Paribas propose une offre de bienvenue étudiante avec carte Visa incluse, paiements sans frais à l’étranger, prêt à 0,99% et jusqu’à 175€ d’avantages offerts (80€ offerts + 1 an gratuit à Esprit Libre).
L’intérêt du dispositif tient au sens de l’appel. L’arnaque repose sur un appel entrant, que l’escroc maîtrise de bout en bout. Le numéro court remplace ce réflexe par un appel sortant, vers une destination fixe et connue de tous.
Le Royaume-Uni fait ça depuis fin septembre 2021 avec le 159, porté par Stop Scams UK, une coalition de banques, d’opérateurs et d’acteurs tech. Il couvre aujourd’hui plus de 99 % des comptes courants des banques de détail britanniques, de Barclays à Revolut, et la règle martelée est simple : le 159 n’appelle jamais personne.
La France n’est pas partie de rien pour autant. Le mécanisme d’authentification des numéros (MAN) coupe depuis fin 2024 les appels dont le numéro affiché n’est pas authentifié, ce qui complique l’usurpation du numéro de l’agence. Il ne fait rien contre un escroc qui appelle depuis une ligne française souscrite en bonne et due forme, et le numéro court viendrait couvrir ce cas-là.
Tout le monde y gagne, des grands-parents peu à l’aise avec les applications aux trentenaires persuadés qu’on ne les aura jamais (spoiler : les escrocs aiment beaucoup ce profil). Dans les faits, on en est loin.
La Fédération bancaire française parle d’une « hypothèse de travail dont la faisabilité est à analyser », après un an d’étude d’opportunité menée avec les opérateurs télécoms. L’idée figurait déjà dans les recommandations du rapport 2024. On ne connaît ni le numéro, ni le calendrier, ni le coût de l’appel, ni les établissements concernés, et les néobanques joignables surtout par chat restent un point d’interrogation. La procédure d’identification devra aussi éviter un piège évident : demander des codes par téléphone, précisément ce qu’on apprend à ne jamais donner.
Reste enfin le facteur humain. Le dispositif ne fonctionne que si on raccroche, alors que tout le talent de l’escroc consiste à nous en dissuader. Outre-Manche, il a fallu des campagnes répétées pour installer le réflexe, et Stop Scams UK travaille encore à rendre le 159 disponible chez tous les opérateurs.