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Dossier : “Pour le consommateur avec un petit budget, ça n’a plus le moindre sens” : comment les faiblesses de l’indice de réparabilité européen pénalisent les plus pauvres
Mis en place sur le Vieux Continent depuis un an, l’indice de réparabilité européen est censé aider les consommateurs à choisir des produits plus durables. Dans les faits, la mauvaise volonté d’un grand nombre de constructeurs sape l’intérêt du dispositif en punissant majoritairement les moins fortunés.
© Pietukhova // Shutterstock - L’indice de réparabilité des smartphones n’est pas aussi précis qu’on pourrait le croire
Depuis ses débuts, l’indice de réparabilité européen était observé avec méfiance par les militants français du droit à la réparation. La petite note de A à E qui orne la nouvelle étiquette énergie de nos smartphones reprend les grands principes de l’indice de réparabilité français, avec néanmoins des règles moins sévères autour des pièces détachées.
Pourtant, le prix et la disponibilité des composants sont fréquemment cités comme des freins à la démocratisation de la réparation. Une récente enquête d’iFixit et de la coalition Right to Repair Europe a montré à quel point le manque d’encadrement de Bruxelles sur le sujet porte préjudice à ce qui paraissait pourtant être une bonne idée.
80 % des modèles de mobiles mis sur le marché européen ces 12 derniers mois ne respectent pas les règles dictées par la Commission européenne et omettent d’indiquer la plateforme sur laquelle il est possible de trouver des pièces pour leurs produits.
Le champ est laissé vide une fois sur deux, quand il ne contient pas tout bonnement des URL factices ou des liens cyniques vers Temu ou AliExpress. Certains n’hésitent pourtant pas à s'attribuer la note de 5/5 sur le critère de la disponibilité des pièces, même si aucune plateforme officielle n’existe pour en trouver.
“C’est le critère le plus simple sur lequel il y a pourtant déjà énormément de non-conformité, peste Thomas Opsomer, porte-parole réparabilité chez iFixit et membre du collectif Right to Repair. S’il y avait eu le moindre effort de contrôle, ça n’aurait pas pu passer sous les radars.” Comme nous le soulignions déjà dans notre analyse des faiblesses de l’indice européen, aucune vérification automatique n’est opérée concernant les informations et les notes renseignées par les constructeurs.
Le lourd travail de défrichage et de régulation est laissé aux associations et gendarmes de la consommation des pays membres (la DGCCRF en France). Avec plus de 1000 modèles de smartphones mis sur le marché par an, cela dit, difficile de tout contrôler. Résultat, des palettes entières de terminaux entrent sur le continent européen avec un indice de réparabilité bancal. L’affichage de ce même indice (pourtant obligatoire) est parfois assez aléatoire, que ce soit sur le web ou en magasin. Difficile en l’état de se faire un avis éclairé sur la réparabilité d’un produit. “C’est une chaîne de responsabilité qui est extrêmement longue et peut casser à chaque maillon. Si tu perds 20 % de conformité à chaque étape, à la fin, il ne te reste plus rien”, souligne Thomas Opsomer.
Démonter son téléphone, c'est bien ; savoir où trouver des pièces de rechange, c'est encore mieux.
Toutes les marques ne sont cependant pas à mettre dans le même panier. Les grands constructeurs sont souvent plus pointilleux sur ces aspects de conformité européenne. “Il y a un fossé entre Apple, dont la plus grande valeur est justement l’image de marque, et un importateur qui peut rapatrier un conteneur de téléphones un jour et faire faillite le lendemain”, résume le porte-parole d’iFixit. Ce faisant, le marché crée un indice de réparabilité à deux vitesses qui va pénaliser surtout les plus précaires.