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VIDEO. "Je ne me suis pas rendu compte qu'il était dangereux" : pourquoi la sœur de Joël Le Scouarnec, condamné pour des viols sur près de 300 victimes, n'a pas alerté la police
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Un documentaire revient sur les exactions du chirurgien, qui a agressé plus de 300 mineurs, et sur le silence qui a pesé durant des décennies sur ses agissements.
Un pédocriminel qui profite de sa position de chirurgien, durant près de trente ans, pour violer et agresser sexuellement près de 300 mineurs. L'ampleur de l'affaire Joël Le Scouarnec a été découverte grâce aux nombreux carnets intimes dans lesquels ce chirurgien consignait le nom de toutes ses victimes, ainsi que les sévices qu'il leur infligeait, jusqu'à son arrestation en 2017. En 2025, après trois mois de procès, il a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle, la peine maximale prévue par la loi française. Mais son parcours judiciaire pourrait ne pas s'arrêter là : le 19 août dernier, le parquet de Lorient (Morbihan) a annoncé qu'une nouvelle information judiciaire était ouverte pour 40 agressions sexuelles et 10 viols sur mineur de 15 ans.
Un documentaire en deux parties réalisé par Cyril Denvers, intitulé Les Cercles du silence et diffusé le 22 septembre à 21h10 sur France 2, interroge les responsabilités du corps médical dans cette affaire. Joël Le Scouarnec a en effet continué de travailler malgré une première condamnation, en 2005, pour détention d'images pédopornographiques.
Cette enquête, qui utilise la fiction et l'intelligence artificielle pour la reconstitution de certaines scènes, donne la parole à des observateurs et magistrats proches du dossier, ainsi qu'à des victimes de l'ancien chirurgien. Elle pénètre également au sein de la cellule familiale du condamné, afin de tenter de cerner sa personnalité et de comprendre ce que son entourage savait de ses agissements.
Dans ce documentaire, Priscilla Jobard témoigne pour la première fois à visage découvert. La nièce de Joël Le Scouarnec a 3 ans lorsqu'elle est agressée sexuellement pour la première fois par son oncle. "Ça a commencé pour moi dans une salle chez eux où il y avait un piano, se souvient la jeune femme. C'est à ce moment-là que je suis entrée en état de sidération. (…) Je n'ai pas compris ce qui m'arrivait et je n'ai rien pu faire."
Pendant six ans, la fillette subit les agressions sexuelles répétées du chirurgien. "Dans mes souvenirs, à chaque fois qu'on allait les voir en vacances, il y avait une agression", poursuit Priscilla Jobard.
Un jour, alors qu'elle joue à des jeux vidéo dans la maison de vacances, Joël Le Scouarnec la prend en photo avant de l'agresser. "Le pire, c'est qu'en tant qu'enfant, tu ne te défends pas : tu es incapable de te défendre à ce moment-là, explique Priscilla Jobard. Donc, tu attends, tu continues à jouer à la console pendant qu'il fait ses trucs."
En 2000, alors qu'elle n'a que 9 ans, elle décide d'en parler à sa sœur, à peine plus âgée qu'elle. Aurore Jobard, choquée par le récit, alerte leur mère Annie. Celle-ci demande à son aînée si elle aussi a subi des viols. "Je lui dis : 'Je ne suis pas sûre, je ne sais pas trop'," poursuit Aurore Jobard, qui n'aura la certitude que lors de la découverte des carnets intimes du chirurgien, dans lesquels figurent son nom et des photos d'elle.
Après les révélations de sa fille Priscilla, Annie Jobard décide de confronter son frère dès le lendemain. Leur échange, joué par deux acteurs dans le documentaire, est restitué fidèlement. "J'ai eu une discussion avec Priscilla, elle m'a dit que tu lui avais fait des choses. (…) Est-ce que c'est vrai ?", lui lance-t-elle. Après une hésitation, Joël Le Scouarnec reconnaît les faits, tout en niant avoir agressé sexuellement Aurore. "Je n'ai pas l'impression de faire du mal, tu comprends ? Ce sont des pulsions auxquelles je cède, ça me dépasse", lui assure-t-il.