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Apple condamné à payer 5,7 milliards de dollars pour une affaire de vibrations sur iPhone et Apple Watch
Si vous avez un iPhone ou une Apple Watch, vous sentez le Taptic Engine des dizaines de fois par jour. C’est lui qui produit le petit « clic » quand on passe en mode silencieux, la vibration d’une notification ou le tapotement sur le poignet. Problème : une entreprise de San Diego accuse Apple d’avoir copié sa technologie pour concevoir ce module, et un jury lui a donné raison.
Le verdict a été rendu par le tribunal fédéral du district sud de Californie, après un procès ouvert le 14 septembre. Les sept jurés ont délibéré pendant deux jours avant de fixer la somme à 5 721 961 750 dollars. Reuters parle d’un record pour une affaire de brevets. Le verdict tombe moins d’un mois après l’arrivée de John Ternus au poste de CEO, le 1er septembre, à la place de Tim Cook (qui préside désormais le conseil d’administration).
Taction Technology fabrique des transducteurs haptiques, c’est-à-dire de petits modules qui transforment un signal audio en vibrations ressenties sur la peau. Sa technologie sert surtout dans les casques audio et gaming, pour faire sentir physiquement les basses ou une explosion dans un jeu.
Taction a attaqué Apple en avril 2021. Selon The Verge, l’entreprise accusait Apple d’avoir fait de la rétro-ingénierie sur deux casques gaming Kannon équipés de sa technologie, autrement dit de les avoir démontés pour comprendre comment ils fonctionnent.
Le dossier a bien failli ne jamais arriver devant un jury. En 2023, un juge, Todd W. Robinson, avait donné raison à Apple sans procès. En août 2025, la cour d’appel fédérale, spécialisée dans les brevets, a relancé l’affaire. Pour elle, le juge avait écarté à tort une partie des témoignages d’experts apportés par Taction.
Les deux brevets américains en cause portent les numéros 10 659 885 et 10 820 117. Ils décrivent des transducteurs tactiles qui produisent des vibrations dans les basses fréquences, perceptibles au toucher, avec un système d’amortissement. En gros, l’amortissement permet à la vibration de s’arrêter net au lieu de se prolonger, ce qui donne une agréable impression de précision.
Apple a présenté le Taptic Engine avec l’Apple Watch en 2014, puis l’a intégré à l’iPhone 6s en 2015. Il a remplacé l’ancien moteur à vibrations, qui faisait tourner une masse décentrée et produisait ce « brrr » un peu mou des anciens téléphones. Le Taptic Engine est un actionneur linéaire résonant. Ça veut dire qu’une petite masse va et vient sur un seul axe, poussée par un électroaimant, et peut démarrer ou s’arrêter presque instantanément.
Pour Taction, ce fonctionnement reprend le principe de ses brevets, à savoir une vibration contrôlée et amortie appliquée contre la peau. L’entreprise a donc obtenu gain de cause, mais en partie seulement. Le jury a retenu deux revendications dans un brevet et une seule dans l’autre. Une revendication est l’une des phrases juridiques qui délimitent précisément ce qu’un brevet protège. Le jury n’a donc pas jugé qu’Apple copiait l’ensemble des deux inventions.
Le jury a aussi estimé que la contrefaçon n’était pas délibérée et c’est un détail qui a son importance. En droit américain, un juge peut tripler les dommages et intérêts quand la contrefaçon est volontaire. Taction ne pourra donc pas espérer plus que les 5,7 milliards de dollars fixés par les jurés.
Apple conteste en bloc. Dans un communiqué transmis à plusieurs médias américains, l’entreprise affirme que son Taptic Engine est « fondamentalement différent » de la technologie de Taction et que les propres tests de Taction l’ont confirmé pendant le procès. Elle estime aussi que les dommages accordés ne reposent sur aucun fait.