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Que cherche OpenAI en proposant 5 % de son capital au gouvernement américain ?
Sam Altman a proposé à l'administration Trump de lui céder 5 % du capital d'OpenAI. Une offre formulée comme un partage des bénéfices de l'IA avec le grand public américain, mais qui répond d'abord à une accumulation de pressions politiques.
Depuis le début de son second mandat, Donald Trump a fait de la suprématie américaine dans l'intelligence artificielle un marqueur de sa politique industrielle. Pour la Silicon Valley, c'est un feu vert généreux. Pour une part croissante des élus et de l'opinion publique (55 % des Américains estiment que l'IA fera plus de mal que de bien dans leur quotidien, selon un sondage Quinnipiac récent), c'est un chèque en blanc accordé à quelques entrepreneurs privés dont les profits échappent à tout contrôle démocratique. Selon le Financial Times, Sam Altman aurait choisi de désamorcer cette tension par une proposition pour le moins inhabituelle : céder 5 % d'OpenAI à l'État fédéral.
Le dispositif discuté repose sur une cession volontaire d'actions, dont les revenus alimenteraient un véhicule public. L'hypothèse la plus commentée consiste à en reverser les fruits sous forme de dividende annuel à l'ensemble des ménages américains, sur le modèle du fonds pétrolier de l'Alaska (qui verse un chèque à chaque habitant de l'État depuis 1982, sans que personne n'y trouve à redire). OpenAI défend cette logique depuis le printemps. Dans un document d'orientation publié en avril, l'entreprise plaidait pour un « fonds de richesse publique » offrant à chaque citoyen, y compris ceux absents des marchés financiers, une part de la croissance tirée par l'IA. Anthropic a confirmé de son côté ne pas participer à ces discussions.
Bernie Sanders, figure du parti démocrate, a répliqué début juin avec l'American AI Sovereign Wealth Fund Act, qui propose une participation publique de 50 % dans les grandes entreprises du secteur. Le texte y ajoute une taxe de 50 % sur les actions d'OpenAI, d'Anthropic et de xAI (les intéressées l'ont accueilli avec l'enthousiasme qu'on imagine). Entre l'offrande d'Altman et l'expropriation version Vermont, l'écart donne la mesure du climat. Dans l'opinion, 55 % des Américains estiment que l'IA fera plus de mal que de bien dans leur quotidien, d'après un sondage Quinnipiac. La construction des centres de données se heurte de son côté à des résistances locales croissantes. Les associations de défense de l'intérêt public, Public Knowledge en tête, pointent quant à elles le problème structurel d'un État à la fois actionnaire et régulateur du même secteur.
Washington est entré au capital d'Intel en août 2025, à hauteur d'environ 10 %, en convertissant 8,9 milliards de dollars de subventions du CHIPS Act en actions. Le Pentagone a pris pied chez MP Materials, le spécialiste américain des terres rares, et le rachat d'U.S. Steel par le japonais Nippon Steel s'est conclu moyennant une action spécifique accordée à la Maison-Blanche. La proposition d'Altman parait ainsi devancer cette nouvelle doctrine : plutôt que d'attendre que l'administration vienne réclamer sa part, OpenAI fixe elle-même le prix de la tranquillité, à 5 %. Un actionnaire public a un intérêt financier direct à la prospérité de l'entreprise, et cet intérêt pèsera mécaniquement sur chaque arbitrage réglementaire futur, des règles de sécurité des modèles aux conditions d'accès aux marchés publics.
OpenAI prépare parallèlement son introduction en Bourse, dans le sillage du dépôt confidentiel d'Anthropic le 1er juin. Une participation fédérale changerait l'équation pour les investisseurs : dilution des actionnaires existants d'un côté, protection politique implicite de l'autre. Pour une entreprise devenue société à but lucratif au terme d'une restructuration contestée jusque devant les tribunaux, l'argument de vente est réel. Rien d'équivalent n'existe côté européen, où la puissance publique a choisi de réguler l'IA sans en posséder : l'AI Act encadre les modèles, aucun capital public n'entre au tour de table. La France pratique