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"S'il faut des vidéos pour témoigner" : la guerre des images au cœur du mouvement lycéen
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Un véhicule de police qui fonce vers des jeunes à Dunkerque (Nord) : la scène, filmée, a circulé sur les réseaux sociaux. Les téléphones des lycéens documentent aussi bien les interventions policières que les débordements. Des images qui indignent, mais qui peuvent aussi aider à établir les faits. Décryptage.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Une pancarte dans la main et un téléphone dans l'autre. À Paris, jeudi 8 octobre, lors d'affrontements avec les forces de l'ordre, les manifestants filment tout. Parfois un simple divertissement, comme l'explique un jeune homme : "Je filme pour le souvenir, pour la jeunesse, parce que quand je serai grand, je sais que je ne vais pas refaire ça." Et plus souvent, une manière de capter ce que les médias, selon eux, ne montreraient pas : "Si jamais il y a vraiment une violence et qu'il faut des vidéos pour témoigner, je sortirai les vidéos et pour montrer que nous ne partons pas pour violenter la police ou pour quoi que ce soit, mais pour faire bouger les choses", reprend une autre.
De fait, ces vidéos déclenchent des polémiques. Exemple à Dunkerque (Nord). Sous tous les angles, on voit un 4-4 de police roulant vers des lycéens, provoquant la panique. Aucune plainte déposée, mais sur la base des images, la justice a ouvert une enquête pour mise en danger de la vie d'autrui. Des vidéos similaires inondent la toile, une grenade tirée au visage, des gaz lacrymogènes aspergés par les fenêtres… Des contenus partagés par les lycéens eux-mêmes.
Des manières de raconter leur vécu en ligne, mais aussi au sein de leur famille. "Quand je suis rentrée chez moi, j'ai montré à ma mère et on en a parlé beaucoup, longtemps", souffle une adolescente. "Juste pour montrer aux gens de ma famille ce qui se passe dans notre ville, pourquoi on lutte pour notre avenir, pour notre jeunesse", acquiesce un autre. Parfois, ces vidéos diffusées ne montrent que partiellement le déroulé des faits. À Belfort, cette voiture de police semble foncer contre un mur pour percuter des lycéens. Faux selon le procureur. Un autre angle de vidéosurveillance prouve que le véhicule s'est arrêté avant.
Mais le mal est fait, selon Stanislas Gaudon, délégué national du syndicat Alliance Police nationale. Les vidéos amateurs jettent, selon lui, l'opprobre sur ses collègues : "Trop souvent, il y a de la présomption de culpabilité sans même connaître le début de l'histoire, avec des accusations et souvent des menaces à l'encontre soit des policiers ou de leur famille. Et souvent d'ailleurs, ils sont obligés de déménager et d'être mis en sécurité parce qu'il y a des menaces explicites, notamment des menaces de mort." Les forces de l'ordre ont elles aussi beaucoup d'images filmées par des petits caméscopes ou leurs caméras piétons. Ces images, protégées par le secret de l'enquête, ne sont pas diffusables, mais seront très utiles plus tard pour retrouver les fauteurs de troubles.
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