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Linus Torvalds, qui réduisait l’IA à « 90 % de marketing », publie un patch du noyau Linux écrit avec Claude Code
Le nom de la branche ne laisse aucun doute : noref-filemap-read-with-llm. Le suffixe signifie « avec un LLM », c’est-à-dire un grand modèle de langage. Michael Larabel, fondateur de Phoronix, un site spécialisé dans Linux, l’a repérée le 11 octobre dans le dépôt personnel de Linus Torvalds, créateur et mainteneur en chef du noyau. Dans le message qui accompagne les patchs, Linus Torvalds explique que le code, les programmes de test, la revue et le premier jet du texte ont été faits « avec un assistant de code IA (Claude Code) sous ma direction ».
Les mesures de performance, elles, ont été lancées par Linus Torvalds sur sa propre machine (il n’a donc pas confié le chronomètre à l’IA). Le noyau Linux fait tourner la plupart des serveurs du web et tous les smartphones Android. Chaque modification y passe par une revue réputée impitoyable. Avec ce patch, les opposants au code généré par IA perdent un allié de poids.
En octobre 2024, interrogé par TFiR à l’Open Source Summit de Vienne, Linus Torvalds résumait l’industrie de l’IA à « 90 % de marketing et 10 % de réalité ». Il disait alors l’ignorer, faute de supporter l’emballement autour du sujet. Plus tard, il s’en est aussi pris aux rapports de bugs générés par IA qui encombrent les mainteneurs.
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Depuis, son discours a changé par petites touches. Il s’est servi de l’IA pour déboguer le noyau. Il a aussi fait du vibe coding (programmer en décrivant à une IA ce qu’on veut obtenir) avec Antigravity, l’outil de Google, mais hors du noyau. Par contre, il refuse que l’IA signe le code à la place du développeur. Et il a récemment présenté ces outils comme une bonne porte d’entrée pour les jeunes programmeurs.
Le sujet divise pourtant le monde Linux. Quand Debian a autorisé le code produit par IA, un développeur a démissionné avec fracas. De leur côté, les distributions suivent chacune leur propre ligne, à l’image d’Ubuntu face à l’IA.
Le patch s’attaque au cache de pages, la zone de mémoire vive où le noyau garde les fichiers lus récemment pour éviter d’aller les rechercher sur le disque. Quand plusieurs threads (les fils d’exécution d’un programme) lisent en même temps de petits morceaux du même fichier, chaque lecture modifie un compteur sur la page concernée. Les cœurs du processeur se disputent alors ce compteur, et tout ralentit. Le développeur Matthew Wilcox avait signalé ce problème en 2024.
Linus Torvalds supprime ce comptage grâce au RCU (Read-Copy-Update). Ce mécanisme retarde la libération de la mémoire tant qu’un programme peut encore la lire. Une sécurité oblige le noyau à libérer ces pages dès que plus de 1 024 d’entre elles attendent sur un même cœur logique. Linus Torvalds reconnaît lui-même que cette mémoire en attente reste « la partie la moins résolue » de la série.
Il a testé le patch sur son PC portable équipé d’un Core i7-8565U, un processeur Intel de 2018. Avec huit threads qui lisent 16 octets à la fois, le débit passe d’environ 10 millions à 30 à 33 millions de lectures par seconde. Le travail du noyau pour chaque lecture tombe de 2 950 à 725 cycles processeur, soit quatre fois moins. Attention, ces chiffres viennent d’une seule machine, dont les protections logicielles contre les failles du processeur étaient désactivées.
Ce gain a une contrepartie. Quand un seul thread écrit le résultat d’une lecture dans une zone de mémoire que le programme n’a pas encore utilisée, l’opération passe d’environ 4 150 à 6 550 cycles, soit près de 60 % de plus. Dans le cas le plus courant, une lecture par un seul thread devient au contraire 10 % moins coûteuse.