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Des panneaux publicitaires diffusent du porno en pleine rue après une cyberattaque internationale
Sur l’axe du 26-Juillet, à Gizeh, des automobilistes se sont arrêtés pour filmer un écran publicitaire géant sur lequel des pirates diffusaient une vidéo pornographique. Les auteurs de l’attaque affirment avoir pris le contrôle d’écrans LED dans plusieurs autres pays, de la Malaisie au Brésil.
Sur les images, les pirates avaient incrusté quatre pseudonymes et l’adresse de leur canal Telegram, Leakers$. En Malaisie, le conseil municipal de Kluang, dans l’État de Johor, a fait éteindre tous les écrans publics touchés, et la police a ouvert une enquête après la plainte d’un homme de 42 ans. Il avait reçu des captures d’écran et des vidéos de la scène sur WhatsApp. Au Brésil, à Campo Maior, l’entreprise Ferreira & Ferreira a coupé son panneau LED installé près de la BR-343, porté plainte et présenté ses excuses aux habitants. Le groupe assure avoir piraté des écrans en Irak et en Chine, mais personne n’a pu le vérifier de façon indépendante.
Les pirates ont exploité une faille du programme chargé d’envoyer les vidéos aux écrans LED, et non les panneaux un par un, a expliqué un représentant du groupe au site d’information égyptien The Cairo Report. Avec un balayage automatique d’environ deux heures, les quatre membres de l’équipe disent avoir repéré des milliers de systèmes accessibles depuis de simples pages web, sans la moindre protection. « Après l’avoir exploitée, nous avons obtenu l’accès à des systèmes d’affichage dans plusieurs pays, pas seulement en Égypte », souligne ce représentant.
À l’en croire, les entreprises dépensent des millions dans leurs infrastructures, puis laissent leurs écrans publicitaires connectés à Internet sans protection élémentaire. Les membres de Leakers$ disent ne réclamer ni dons ni rançon, et reprochent aux grands médias de présenter ce genre d’opérations en attaques sophistiquées ou commanditées par un État. « N’importe qui avec deux neurones » aurait pu mener celle-ci, assurent-ils sur Telegram.
Les pirates de panneaux numériques profitent souvent de mots de passe par défaut que les exploitants n’ont jamais changés. Dans ses recommandations de sécurité publiées en 2024, l’association américaine des afficheurs OAAA demande à ses membres de ne jamais se contenter des mots de passe fournis par les fabricants d’écrans. En France, la DGCCRF adresse ce conseil aux particuliers, et leur recommande de changer le mot de passe par défaut de chacun de leurs objets connectés, jusqu’à leur téléviseur.
Ces écrans mal protégés attirent aussi des pirates amateurs. Au Maroc, la police de Fkih Ben Salah a arrêté trois jeunes de 16 à 20 ans en octobre 2025, soupçonnés d’avoir pris la main sur les panneaux électroniques d’un laboratoire d’analyses et d’un hôtel pour afficher des propos contraires à la pudeur.
D’après le ministère égyptien de l’Intérieur, l’écran de Gizeh appartient à la régie Al Arabia United. Celle-ci travaillait avec une entreprise internationale, dont le ministère tait le nom, et les pirates ont diffusé les images simultanément dans plusieurs autres pays après une cyberattaque contre le site web de ce prestataire. Le ministère a engagé des poursuites, et le prestataire a suspendu ses diffusions. De son côté, Al Arabia United dit avoir repéré l’accès d’un inconnu à un seul de ses écrans, l’avoir éteint par précaution et mener l’enquête avec les autorités.
United Media Services, qui gère les médias des services de renseignement égyptiens, contrôle plus de quarante entreprises. Elle a fondé la régie en 2022 avec le groupe saoudien Arabian Contracting Services, selon The Cairo Report. Al Arabia United exploite environ 1 926 panneaux au Caire, à Gizeh, à Alexandrie et sur la côte nord, dont 239 numériques.
Les pirates ont affiché leurs intentions politiques le lendemain de l’attaque. « L’Égypte reste sous une dictature. Le gouvernement conserve son pouvoir par la répression, pendant que le pays peine à avancer », ont écrit les administrateurs de Leakers$ sur leur canal Telegram.