// FRANDROID — MONDO
Rafale, Scenic, R5 : Renault adopte les méthodes chinoises pour concevoir ses voitures en 2 ans
Il fut un temps, pas si lointain, où les constructeurs chinois vouaient un culte à l’automobile européenne, au point de proposer des voitures qui s’en inspiraient beaucoup. Mais depuis quelques années, tout a changé, et ce sont désormais les marques européennes qui cherchent à reproduire l’ingénierie, les technologies et surtout la vitesse de développement des constructeurs chinois.
Du côté de chez Renault, déjà bien acoquiné avec le chinois Geely pour, entre autres, les motorisations thermiques et hybrides via leur coentreprise Horse, la méthode chinoise plaît. Elle plaît tellement que la nouvelle organisation de l’ingénierie du groupe au losange démarre dès ce mois de novembre, a expliqué Philippe Brunet, directeur de la Technologie (CTO) de Renault, dans un entretien accordé à Reuters et publié ce lundi 2 novembre.
« Tous les projets qui entrent en développement à partir de novembre vont partir dans cette configuration », précise-t-il. Il reconnaît que « tout n’est pas encore en place à 100 % », mais assure que l’essentiel est suffisant pour lancer la machine.
Le point de départ est la Twingo électrique, largement développée en Chine et en un temps record, puisqu’il n’aurait fallu que 21 mois pour son développement. Renault en a tiré des enseignements qu’il tente aujourd’hui d’appliquer à l’ensemble de son ingénierie mondiale : processus simplifiés, formation accélérée aux métiers de l’électrification et du logiciel, et… réduction des effectifs pouvant atteindre 20 % d’ici fin 2027. Oui, car qui dit plus vite dit aussi avec moins de monde, et derrière ce beau discours industriel se cache un arrière-plan social peu reluisant.
Concrètement, un projet de voiture sera découpé en moins de 30 modules, contre 45 jusqu’ici. L’idée est de limiter le nombre d’interlocuteurs et de raccourcir les arbitrages. Philippe Brunet juge l’ancien découpage hérité d’une organisation « qui appartient au passé » et estime que 30 correspond à ce qui a été observé chez les constructeurs chinois, qu’il range parmi les plus efficaces.
Sur le papier, la logique se tient : moins de strates, moins de réunions, moins de frictions. Reste à vérifier que cette simplification ne se fera pas au détriment de la cohérence d’ensemble, ou de la fiabilité, point sur lequel les constructeurs européens sont attendus, d’autant plus que la Twingo développée en un temps record cache quelques défauts de jeunesse.
Renault ne cache d’ailleurs pas qu’il continuera de s’appuyer sur son entité chinoise ACDC et qu’il compte retenir au moins un fournisseur chinois pour chaque panier de fournisseurs de chaque module.
Le successeur du Rafale, 100 % électrique et attendu fin 2028, ouvrira le bal, avec le même objectif de deux ans de développement que la Twingo. Le nouveau Scenic, reposant sur la même plateforme que le Rafale et partageant sa ligne de fabrication en Espagne, et une « évolution importante » de la R5 suivront la même méthode, ces programmes étant confiés à la partie française de l’ingénierie.
Pour aller plus loin
Jusqu’à 750 km d’autonomie et charge en 10 minutes : comment Renault va révolutionner les Mégane et Scénic électriques
Trois modèles, trois niveaux d’enjeu : la R5 est un best-seller, et toute modification de sa recette sera scrutée. Le Rafale est le porte-étendard de la marque, donc il ne faut pas se louper, et le Scenic est l’une des familiales électriques les plus abouties à ce jour, donc c’est globalement pareil : pas le droit à l’erreur.