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« Le moment le plus dur de notre histoire » : Canva réorganise 22% de ses effectifs
Le géant australien du design annonce des licenciements, des changements de poste et des relocalisations qui toucheront 1 271 salariés. Sur fond de croissance ralentie et de difficultés à déployer son IA, la direction veut retrouver des équipes plus petites et plus autonomes.
« C’est sans aucun doute le moment le plus dur de nos treize années d’histoire », écrit Melanie Perkins dans sa note aux équipes publiée ce 4 novembre. La cofondatrice et directrice générale veut refonder Canva pour sortir d’une organisation qu’elle juge devenue trop lourde. Le texte ne précise pas le nombre de licenciements parmi les 1 271 salariés concernés, certains devant changer de mission ou déménager.
Le ralentissement était déjà visible cet été. En août, Canva avait ramené sa prévision de croissance du chiffre d’affaires pour 2026 de 30% à 20%, après 38% l’année précédente. Sa valorisation interne, utilisée pour les actions attribuées aux salariés, avait également reculé de 38,9 à 31 milliards de dollars américains.
L’IA a notamment retardé le lancement de nouveaux produits. Dans un précédent message aux investisseurs, Melanie Perkins reconnaissait que « le coût moyen d’une tâche d’IA était trop élevé » et que l’entreprise s’appuyait trop sur les modèles les plus avancés. Canva assure avoir réduit ce coût d’environ 90%, mais doit aussi compter avec ChatGPT et Gemini, qui permettent de générer des visuels sans passer par sa plateforme.
Pour accélérer le développement, la direction de Canva fusionne ses équipes chargées du produit, de son adoption par les utilisateurs et de l’infrastructure technique. « Nous voulons de nouveau consacrer davantage de temps au développement », écrit Melanie Perkins, qui souhaite en perdre moins à coordonner le travail entre ces équipes.
Les fonctions très spécialisées seront regroupées dans des postes plus larges, avec moins de niveaux de management. Sydney accueillera davantage d’équipes produit, ce qui impliquera des déménagements pour certains salariés. Dès janvier 2027, la plupart de ceux qui travaillent en mode hybride seront également attendus au bureau deux à trois jours par semaine. Les procédures varieront selon les règles des 37 pays où Canva emploie du personnel.
Les salariés licenciés recevront au minimum six mois de salaire, indemnités légales comprises. Ceux qui sont arrivés depuis moins d’un an pourront bénéficier de droits sur leurs actions sans attendre le délai habituel d’un an. La couverture santé, là où elle existe, et l’accompagnement psychologique seront maintenus pendant douze mois. Coaching, un an d’abonnement à LinkedIn Premium et conservation du MacBook professionnel complètent ces mesures.
Un fonds proposera aussi des aides de 10 000 dollars américains aux salariés quittant Canva dans le cadre de cette réorganisation et souhaitant lancer leur propre projet. Ils auront jusqu’au 14 décembre pour manifester leur intérêt pour ce dispositif.
L'australien aurait pourtant pu aborder le virage de l’IA dans le giron d’Adobe. Selon Bill Tai, l’un de ses premiers investisseurs, cité par Capital Brief, l’entreprise a repoussé plusieurs approches de rachat de l’éditeur américain. Celui-ci commence à récolter les fruits de sa stratégie, entre Firefly et les fonctions d’IA intégrées à Creative Cloud, notamment Photoshop et Premiere : au troisième trimestre fiscal, les revenus récurrents annualisés de ses offres centrées sur l’IA ont progressé de plus de 150% sur un an.
Canva, qui a préféré rester indépendant, doit désormais financer et rentabiliser sa propre transformation… Avec moins de monde pour s’en charger !