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TEMOIGNAGES. "Ce sont des blessures de guerre" : trois femmes gravement blessées par des grenades lancées par la police le 17 octobre racontent comment leur vie a basculé
Gravement touchées par des grenades policières lors de la manifestation du 17 octobre à Marseille, Suzanne, Laurie et Olive resteront blessées à vie. Deux d'entre elles ont annoncé déposer plainte.
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Elles ne se connaissaient pas avant le 17 octobre mais elles sont désormais liées par ce qu'elles ont vécu ce jour-là. Trois jeunes femmes de 21, 31 et 34 ans témoignent vendredi 6 novembre sur franceinfo. Toutes ont été très gravement blessées par des grenades de la police qui les ont mutilées aux pieds ou aux jambes en l'espace de trente minutes au même endroit à Marseille. Aucune n'est sûre de pouvoir remarcher normalement un jour. Deux d'entre elles vont déposer plainte dans les prochaines heures.
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La nuit tombe près de la gare de Marseille quand Suzanne, Laurie et Olive se retrouvent noyées sous les gaz lacrymogènes. Face à elles, un barrage de police, puis soudain des explosions, raconte Suzanne : "À l'endroit où j'étais, je ne pensais pas une seule seconde que je pouvais être atteinte par quoi que ce soit. On était assez loin. Au moment où je reçois l'explosif à mon pied, je suis juste sonnée, j'ai des acouphènes. Je suis vraiment comme suspendue. Je vois les gens qui me disent de venir vers eux, mais je n'avais même pas compris que j'étais blessée au pied."
"Une fois les acouphènes estompés, j'ai entendu les gens autour de moi et mes amis dire que j'avais un gros trou dans le pied. C'est là que j'ai compris que j'étais vraiment atteinte."
Toutes les trois racontent cette sidération puis la découverte de leurs blessures : des trous béants jusqu'à 11 centimètres dans le pied ou dans la jambe et cette incertitude de pouvoir remarcher normalement un jour. "On est des cyborgs", résume Olive. "Ce sont des blessures de guerre, en fait. Si ça s'infecte, c'est l'amputation. Ce n'est pas pour être dramatique, mais c'est ce que les soldats de la seconde guerre mondiale avaient. Les gueules cassées, c'est nous", déclare Olive en riant.
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Mais derrière ce rire se cache surtout une grande détresse psychologique, confie Laurie. "Je me rends compte qu'il y a un stress post-traumatique que je n'avais pas mesuré parce que j'habite dans le centre-ville de Marseille, pas très loin des points de départ des manifestations. J'entends les grenades tomber, j'entends des slogans. Il y a un stress post-traumatique existant que je ne peux pas nier. Il y a des nuits où je me réveille et j'ai du mal à croire que j'ai pris une grenade dans le corps. C'est quand même choquant", explique-t-elle.
"Je ne pensais pas, en tant que Française, bien que militante, vivre ça un jour dans ma vie."