// LES NUMÉRIQUES — MOBILE & WEB
Actualité : Un cactus près de votre box Wi-Fi protège-t-il des ondes ? Autopsie d’un mythe tenace
Posé à côté d’un écran ou d’une box, le cactus passe parfois pour un bouclier contre les "radiations". Rien n’établit son efficacité pour cet usage. La croyance mêle les propriétés des végétaux, la physique des rayonnements électromagnétiques et des inquiétudes sanitaires.
© Shutterstock / SOLDATOOFF - Un cactus près de votre box Wi-Fi protège-t-il des ondes ? Autopsie d’un mythe tenace
Le cactus posé à côté du moniteur est d’abord un objet décoratif. Certains lui prêtent un second rôle : absorber les ondes. Une expérience publiée en 2019 a mesuré les champs magnétiques autour d’écrans en présence des cactus testés, et n’a relevé aucune baisse. Elle portait sur les très basses fréquences et sur les seules configurations étudiées ; le reste du spectre électromagnétique n’a pas été examiné.
Son origine reste difficile à documenter. Les observations anciennes parfois invoquées ne renvoient à aucune publication scientifique identifiable, et rien ne permet de les vérifier.
Les travaux de la NASA sont parfois cités à l’appui. Son rapport de 1989 traitait pourtant d’une autre question : l’élimination de polluants chimiques de l’air, comme le benzène et le formaldéhyde, dans des enceintes expérimentales fermées, sans aborder à aucun moment la protection contre les ondes radio.
Même sur la qualité de l’air, la portée de ces résultats est limitée. Une analyse mise en ligne en 2019, puis publiée dans un volume daté de 2020, a fait le calcul : pour égaler l’élimination des composés organiques volatils qu’assure le renouvellement d’air courant d’un bâtiment, il faudrait de 10 à 1 000 plantes en pot par mètre carré de surface au sol. Quelques plantes ne remplacent pas la ventilation.
Wi-Fi, Bluetooth et réseaux mobiles fonctionnent avec des ondes radio, à ne pas confondre avec les champs de très basse fréquence produits par les circuits électriques. Ces rayonnements sont non ionisants. Contrairement aux rayons X, leurs photons ne transportent pas assez d’énergie pour ioniser directement les molécules, ce qui ne les empêche pas d’interagir avec les organismes vivants.
Aux fréquences du Wi-Fi et de la téléphonie mobile, les effets sanitaires avérés, ceux sur lesquels l’ICNIRP fonde ses recommandations, tiennent à un échauffement excessif des tissus. Une interaction biologique n’implique pas forcément un effet nocif.
La végétation atténue et diffuse une partie des ondes radio, plus ou moins selon la fréquence, la teneur en eau et la géométrie de l’obstacle. Les ondes contournent aussi les obstacles par diffraction : cacher un écran derrière une plante ne revient pas à le blinder. Un cactus posé sur un bureau n’a rien d’un dispositif de protection.
La distance, en revanche, joue un rôle important dans l’exposition : en champ lointain et en espace libre, à puissance d’émission constante, doubler la distance divise par quatre la densité de puissance. Dans une pièce, les réflexions et les obstacles compliquent cette relation, qui ne donne alors qu’un ordre de grandeur.