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REPORTAGE. "Notre vie est ici, on est restés pour la protéger" : malgré les ordres d'évacuation, des habitants du Cap Ferret choisissent de défendre leur village
Évacuée face aux incendies qui ravagent la Gironde, la presqu'île du Cap Ferret compte encore quelques dizaines d'habitants. Malgré l'interdiction des autorités, ils ont choisi de rester pour protéger leurs maisons et prêter main-forte aux pompiers.
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La presqu'île idyllique du Cap Ferret, habituellement bondée en plein été, a été évacuée en urgence dans la nuit du 23 au 24 juillet 2026 par les autorités, cernée par le gigantesque feu qui ravage la Gironde. Interdiction formelle pour les habitants d'y retourner. Pourtant, quelques dizaines d'habitants ont refusé de partir. Ils sont restés pour aider les pompiers.
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Dans les rues complètement vides du Cap Ferret, deux hommes marchent torse nu, en claquettes. Ils font partie des rares habitants à ne pas avoir quitté la presqu'île. "On est restés à Piraillan pour surveiller la situation. Il n'y a pas d'accès, si le feu vient dans le village, le temps que les camions arrivent, ça risque d'être top tard. Nous avons des puits, des motopompes, nous avons tout ce qu'il faut pour faire face."
Malgré les consignes d'évacuation, ils ont choisi de rester. "Nous, on s'en branle, on ne les écoute plus, c'est des chèvres", lance l'un d'eux. "C'est notre vie qui est ici. Donc nous, on est restés pour la protéger. Pour la préfecture, c'est facile de nous dire : 'Évacuez, barrez-vous et puis on ira ailleurs éteindre le feu'. Il n'y a plus personne sur la presqu'île."
Pour se nourrir, ils peuvent compter sur la solidarité des commerçants. "Les commerçants nous ont appelés par solidarité en disant : 'Si vous avez besoin de nourrir l'entourage, allez vous servir dans nos chambres froides'", explique cet habitant.
Entre les maisons aux volets fermés, un bruit de tronçonneuses mène jusqu'à une immense tranchée ouverte dans la forêt. Pierre, élagueur, et ses collègues au volant d'énormes abatteuses sont en train de faire tomber les pins. Avec des agents de l'ONF, l'Office national des forêts, ils préparent un pare-feu, pour stopper l'avancée des flammes. "Les températures vont repartir à la hausse. Si le feu repart et que les vents tournent, il peut revenir ici. Nous n'avons pas le choix. C'est notre terre où nous avons grandi depuis tout petits, et avant nous nos grands parents."
"Tout le monde parle de sauver Bordeaux, mais à Bordeaux, il y a que du béton. Vous avez déjà vu du béton cramer ? Ici, il n'y a que des arbres, que des pins. Quand on voit tout ce qui a cramé, c'est une catastrophe."
Édouard, patron d'une entreprise de travaux publics, regarde ses employés se démener. Tous sont natifs de la presqu'île et tous ont choisi de rester malgré les ordres d'évacuation. Il désigne une grande maison, qui fait face à la pinède. "Ça, c'est la maison de mon grand-père qui a créé l'entreprise. Nous sommes la quatrième génération. Alors, nous protégeons tout. Nous avons mobilisé tout le monde. Hier soir, nous étions 15 dans la maison. Il y en a qui ont dormi sur le canapé. Si le feu passe, nous n'avons plus rien, nous perdons tout : l'entreprise, les maisons, les animaux… C'est la guerre."