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"Je m'en voudrai toute ma vie" : dans le Var, face au traumatisme, la cellule médico-psychologique aide les sinistrés des incendies à ne pas culpabiliser
Le feu laisse derrière lui des traumatismes. Après les incendies qui ont ravagé le Var, certains sinistrés vivent encore avec la peur, la culpabilité ou l'impuissance. À Cotignac, dans le Var, une cellule d'urgence médico-psychologique accompagne les habitants pour les aider à surmonter cette épreuve.
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Sur une place dans le centre de Cotignac, deux habitants guettent, fin juillet, sur leur portable les reprises de feu aux alentours. Depuis plusieurs jours, Stan dort chez des amis avec sa famille, sa maison a brûlé, sa toiture s'est effondrée et maintenant il s'inquiète pour son fils de cinq ans, qui les a accompagnés pour constater les dégâts. "Jusqu'à présent, tout allait bien, on le sentait costaud, dit-il. Et là, aujourd'hui, il s'effondre. Pour la première fois, on l'a ramené à la maison, car on n'avait pas d'autres solutions pour le faire garder. Quand il a vu la maison, ça a été un choc très fort pour lui. À un moment donné, il a disparu et on l'a retrouvé recroquevillé en boule dans le coffre de la voiture. Ça, c'est dur."
Un nouvel incendie s'est déclenché dans la soirée du mercredi 29 juillet et une centaine d'hectares ont brûlé en quelques heures à Brignoles, dans le Var, alors qu'à une vingtaine de kilomètres, les pompiers sont toujours engagés sur le massif du Gros Bessillon, pour noyer les points chauds d'un incendie fixé, qui a ravagé 4 500 hectares en huit jours. Dans les villages alentour, près de 5 000 personnes ont vécu des évacuations. Notamment à Cotignac, où plusieurs maisons ont brûlé. Une cellule d'urgence médico-psychologique a été déployée dans le village.
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Des sinistrés viennent rencontrer les professionnels de la cellule d'urgence médico-psychologique, la CUMP, déployée pour des consultations gratuites dans la salle des fêtes de la commune de Cotignac. Dans le couloir, Marco et Sylvie sont encore sidérés. Il y a quelques jours, ils ont enfilé leur chasuble orange du comité communal feux de forêts, pour aider les pompiers à évacuer des habitants sans savoir que leur maison allait disparaître. "On était sur le front pendant que la maison brûlait", déplore Sylvie.
"En un claquement de doigts, il n'y a plus rien. Plus de photos d'enfants, plus de souvenirs, plus rien."
Marco, lui, ne peut pas s'empêcher de culpabiliser. "Je me dis que c'est de ma faute. J'aurais dû rester dans la maison toute la journée. Je me dis que j'aurais dû la sauver", explique-t-il. La nuit, le couple se réveille au moindre bruit de sirènes, à la moindre odeur suspecte. "Dès que ça sent un peu le brûlé, on est tout de suite dehors, en train de se poser des questions. Je pense que tout le village est dans cet état. C'est un traumatisme général. Consulter la cellule psychologique, ça fait un petit peu de bien."
À la sortie d'une consultation, Jean-Pierre, 77 ans, se repasse lui aussi le film en boucle, les pompiers qui arrivent devant sa maison, l'évacuation en urgence et le camping-car qu'il a laissé sur place qui est aujourd'hui en cendres. "Je ne suis pas parti avec, et ça, je m'en voudrai toute ma vie, 23 ans de voyages et de souvenirs, ça me fait mal au cœur. Je ne fais que pleurer. Si je ne prends pas de cachets, je ne peux pas dormir parce que je suis là, sans cesse à ruminer. Pourquoi t'as pas fait ça ? Pourquoi t'as pas fait ci ?"
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