// CLUBIC — LINUX & OPEN SOURCE
En abandonnant Windows 10, la Chine pourrait donner un coup de fouet à Linux
Le ministère chinois de la Sécurité d'État a ordonné à des entités publiques de désinstaller une version personnalisée de Windows 10 développée pour l'administration. Linux va prendre le pas à Microsoft.
D'après Bloomberg, la mesure vise une version de Windows 10 conçue par une coentreprise entre Microsoft et un groupe public chinois. Les autorités pointent des raisons de sécurité des données, sans pour autant préciser la nature des risques identifiés.
Il ne s'agit donc pas de la version grand public de Windows 10. Celle-ci est déjà arrivée en fin de support chez Microsoft fin 2025. Il s'agit d'une déclinaison développée par C&M Information Technologies (CMIT), coentreprise fondée en 2016 entre Microsoft et le groupe public China Electronics Technology Group Corporation. Cette édition intègre des fonctions de cybersécurité conçues en Chine et désactive certains éléments natifs du système pour répondre aux exigences de sécurité nationale. CMIT prévoyait initialement de la retirer en février 2027. Pour des préoccupations de sécurité, le ministère de la Sécurité d'État a avancé cette échéance.
La demande de désinstallation intervient quelques semaines avant une rencontre prévue entre Donald Trump et Xi Jinping. Les sources de Bloomberg sont restées anonymes, le sujet étant jugé politiquement sensible. Contacté, un porte-parole de Microsoft indique ne pas avoir connaissance d'un incident de sécurité affectant ce produit, lequel continue de recevoir des mises à jour régulières. Le bureau d'information du Conseil des affaires de l'État ou le CMIT n'ont pas donné davantage d'explications.
Pour remplacer ce Windows 10, les administrations concernées devraient se tourner vers des systèmes développés en Chine. Kylin Software Co. développe le système Kylin OS, d'abord conçu sur FreeBSD avant de devenir un système à part entière. Ce produit, destiné à l'administration, ne doit pas être confondu avec Ubuntu Kylin, une déclinaison distincte d'Ubuntu lancée en 2013 pour le grand public chinois. Tongxin Software Technology Co. développe de son côté Unity Operating System (UOS), fondé sur Deepin, lui-même dérivé de Debian. Ces trois systèmes reposent sur le noyau Linux.
D'autres restrictions sont déjà en vigueur. Les administrations centrales chinoises doivent écarter les ordinateurs de marques étrangères, et les iPhones restent interdits dans certaines entités publiques sensibles. Faute d'accès à des accélérateurs d'intelligence artificielle avancés de Nvidia, Pékin mise également sur les puces de Huawei et de Cambricon.
Nous rapportions en avril dernier un mouvement comparable en France, où la DINUM a commencé à déployer Sécurix et Bureautix, deux distributions Linux destinées à remplacer Windows dans l'administration.