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Instagram aurait caché à son patron des données sur la sécurité des adolescents
Devant un tribunal fédéral de Californie, le patron d’Instagram Adam Mosseri a nié avoir donné une consigne pour restreindre son accès aux statistiques sur la sécurité des adolescents. Un avocat de Meta avait pourtant ordonné, en 2023, la suppression de certaines de ces données d’une présentation interne.
Adam Mosseri, patron d’Instagram, a témoigné cette semaine devant un tribunal fédéral d’Oakland, en Californie. Le procès oppose Meta à plusieurs procureurs généraux d’États américains sur les dommages causés aux adolescents par ses plateformes. Une présentation interne de 2023, préparée par les équipes de conception d'Instagram, contenait des statistiques selon lesquelles les adolescents consultaient des contenus liés au suicide, à l’automutilation ou aux troubles alimentaires 2,5 fois plus souvent que les adultes. Un avocat de l’entreprise a ordonné leur suppression du document final, afin de limiter, selon plusieurs témoins, l’exposition d’Adam Mosseri à ce type de données. Devant la cour, le dirigeant a rejeté toute responsabilité dans cette décision.
Selon le témoignage de Francesco Fogu, directeur du design produit chez Instagram, un avocat de l’entreprise a réclamé la suppression de ces statistiques après la présentation du diaporama, en juillet 2023, et le responsable du design a dit sa surprise, car personne ne lui avait donné, avant cet épisode, l’ordre de cacher des données à la direction. Les équipes ont ensuite transmis oralement les chiffres retirés aux dirigeants, toujours accessibles via les rapports liés au diaporama.
Devant la cour, Adam Mosseri a nié avoir donné une consigne pour restreindre son accès aux données. Il a dit découvrir la version selon laquelle des employés auraient reçu l’ordre de limiter les statistiques remontées jusqu’à lui. « Cela m'étonnerait. Je n'essaie pas d'encourager mon équipe à cacher quoi que ce soit », a-t-il ajouté.
Sur les outils de sécurité destinés aux adolescents, Adam Mosseri a temporisé. « Il n'existe pas de solution miracle à ce genre de problème », a-t-il ajouté, avant de rappeler que Meta continuait de retravailler ces fonctionnalités malgré leur faible adoption.
Le tribunal fédéral d’Oakland regroupe les plaintes de vingt-neuf procureurs généraux d’États américains contre Meta, déposées depuis 2023, et la juge Yvonne Gonzalez Rogers a choisi quatre d’entre eux, la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey, pour un premier procès devant jury, engagé à la mi-août pour six à huit semaines. Les avocats des États réclament des pénalités jusqu’à 1 400 milliards de dollars, soit environ 1 200 milliards d’euros, une somme proche de la valeur boursière du groupe. Le verdict était attendu en octobre, mais, comme l’indiquent nos confrères du Monde, Mark Zuckerberg a choisi
de régler jusqu’à « 18 milliards de dollars », soit environ 15,5 milliards d’euros et de limiter l’accès aux adolescents à certaines options des plateformes de Meta pour les mineurs américains.
George Volichenko, ancien data scientist chez Meta, a témoigné sur l’échec d’une autre mesure de sécurité, Take a Break, un rappel invitant les utilisateurs à interrompre leur défilement. Seuls 1,8 % des utilisateurs d’Instagram l’avaient activée depuis son lancement en 2021. Chez les adolescents, ce taux était de 0,165 % en 2022, puis de 0,2 %. « Très faible et décevant », a jugé George Volichenko à la barre. Il a aussi précisé que l’équipe bien-être, à laquelle il appartenait, avait pour vocation de protéger Meta contre de futurs procès, en plus des adolescents. L’ancien data scientist a également raconté que son équipe n’avait pas pu tester des options de retrait automatique, par crainte d’un effet sur l’ensemble de l’écosystème Instagram.
Meta a lancé les comptes ados, un système de restrictions automatiques pour les moins de 18 ans, en octobre 2024, après le dépôt de la plainte initiale, et a mené, par ailleurs, une étude interne distincte avec l’université de Chicago, portant sur 1 000 adolesce