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Nikon réexamine une vidéo scientifique gagnante après des soupçons d’utilisation de l’IA
Nikon a récompensé à la mi-septembre une vidéo de cils respiratoires filmée au microscope. Très vite, des chercheurs ont relevé à l’écran des structures introuvables en biologie. L’un d’eux a même détecté dans la vidéo le filigrane invisible de Google pour les contenus générés par IA. Le constructeur japonais a rouvert le dossier.
Nikon Instruments récompense depuis seize ans, avec son concours Small World in Motion, les plus belles vidéos tournées au microscope optique. Cette année, le jury a donné la première place à Ning Xu, ingénieur en optique aujourd’hui en poste à l’Université nationale de Singapour. Ce chercheur a filmé, par microscopie à super-résolution diffractive, les cils respiratoires d’un enfant atteint de dyskinésie ciliaire primitive. Chez les personnes touchées par cette maladie génétique rare, ces minuscules poils battent de façon anormale et évacuent mal le mucus des bronches, d’où des infections à répétition.
Or Nikon interdit noir sur blanc les vidéos générées par IA dans son règlement, et Ning Xu a admis avoir employé un modèle d’IA après la prise de vue. Les chercheurs qui ont lancé l’alerte interrogent surtout la frontière entre la retouche d’une image scientifique et sa fabrication.
Quelques jours après la proclamation des résultats, plusieurs spécialistes de la microscopie ont passé la vidéo au crible sur les réseaux sociaux. Edward Phelps, professeur associé en bio-ingénierie à l’université de Floride, a d’abord pointé les formes violettes visibles sous les cils. « Elles ressemblent à des mitochondries, mais une telle structure sous-épithéliale n’existe pas en biologie », a-t-il souligné. À l’écran, ces formes apparaissent et disparaissent d’une image à l'autre, tandis que des cils verts « surgissent de nulle part » et ne correspondent pas à leur taille connue. Nikon n’avait jamais expliqué, dans sa présentation de la vidéo, la nature de ces structures colorées, si bien que le chercheur a réclamé des comptes. « La communauté des microscopistes mérite une explication de la part de Nikon », a-t-il insisté.
Le 22 septembre, Nikon a ajouté sur le blog du concours que Ning Xu avait employé un modèle d’IA « non supervisé » pour l’aider au post-traitement. Ian Donovan, doctorant en médecine et en sciences au centre médical UT Southwestern, au Texas, a de son côté soumis la vidéo à Gemini, avec à la clé la détection d’un filigrane SynthID. Google insère ce marquage invisible dans les images et vidéos créées ou modifiées par ses modèles d’IA, et n’importe quel utilisateur peut vérifier sa présence depuis l’application Gemini.
En cas de résultat positif, tout ou partie du contenu a été créé ou modifié par l’un de ses modèles, précise l’entreprise. Avec ce seul test, impossible de savoir si les cils sont l’œuvre d'un générateur ou s’ils ont seulement été colorés par un outil de Google.
Ning Xu n’a pas répondu à Nature, mais il a publié sa version des faits sur LinkedIn. « L’IA n'a pas servi à générer le film expérimental, les cils ou leur mouvement », a écrit le lauréat. Le modèle a été appliqué après coup aux données reconstruites en niveaux de gris, pour différencier et colorer des structures à la morphologie voisine. Son objectif était d’améliorer la présentation visuelle, sans rien affirmer sur l’anatomie des éléments colorés. Pour lui, mesure et visualisation ont chacune leur rôle. « Les deux peuvent avoir leur place, du moment qu’on sait clairement lequel est lequel », a-t-il ajouté.
Melanie White, biologiste du développement à l’université du Queensland, en Australie, a rappelé que « les images scientifiques ne sont pas de simples illustrations ». « Nous devons pouvoir être sûrs que ce que nous voyons repose sur la mesure sous-jacente », a-t-elle insisté. D’après elle, certaines structures de la vidéo sont peut-être le produit de l’IA, sans existence réelle dans les données de microscopie. Pour Markus Sauer, spécialiste de la microscopie à super-résolution à l'université de Wurtzbourg, en Allemag