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Votre téléviseur pourrait bientôt héberger une IA malveillante, et ce n'est pas de la science-fiction
Et si votre téléviseur ou votre aspirateur robot hébergeait demain une intelligence artificielle malveillante, à votre insu ? Des chercheurs d’Anthropic viennent de démontrer que ce scénario, encore largement théorique, pourrait devenir réalité plus rapidement que prévu.
On savait déjà que les objets connectés pouvaient être piratés et transformés en relais pour des cyberattaques. Mais avec les progrès de l’intelligence artificielle, une nouvelle menace commence à prendre forme : des logiciels malveillants capables de réfléchir, de s’adapter et surtout de se reproduire sans intervention humaine. Dans une étude publiée le 12 octobre, Anthropic s’est intéressé à ces nouveaux vers informatiques, avec quelques résultats pour le moins inquiétants. Et pour mener leurs expériences, les chercheurs n’ont pas eu besoin de serveurs surpuissants. De simples boîtiers Android TV à quelques dizaines de dollars ont suffi.
Les chercheurs d’Anthropic ont réussi à exécuter Gemma4-26B-A4B, un modèle d’intelligence artificielle de 26 milliards de paramètres, sur quinze boîtiers Android TV vendus environ 55 dollars pièce.
Pour y parvenir, ils ont réparti les calculs entre les différents appareils, chacun exécutant une petite partie du modèle. Le résultat n’a rien de spectaculaire en matière de performances, avec seulement 0,39 token généré par seconde. Mais l’essentiel est ailleurs : une IA relativement complexe peut fonctionner sur un ensemble d’équipements grand public, sans dépendre d’un centre de données.
Les équipes de recherche ont ensuite évalué la capacité de plusieurs modèles à installer leur propre environnement d’exécution sur des machines inconnues. Un modèle de neuf milliards de paramètres y est parvenu sur huit des neuf catégories de matériel testées.
Plus inquiétant encore : des modèles plus puissants ont réussi à enchaîner les différentes étapes d’une propagation autonome, depuis la recherche d'une nouvelle machine jusqu’à l’installation d'une copie. Ces expériences ont toutefois été réalisées dans des environnements simplifiés, notamment avec des accès volontairement peu sécurisés. Anthropic n'a donc pas créé un ver capable d’infecter spontanément des appareils domestiques.
Le scénario n’est pourtant pas totalement fantaisiste. Les chercheurs évoquent notamment les réfrigérateurs, les fours connectés et les aspirateurs robots, dont certains disposent désormais de processeurs suffisamment puissants pour contribuer à l’exécution d’une IA.
Attention cependant à ne pas confondre puissance de calcul et vulnérabilité. Un appareil équipé d'une puce dédiée à l’intelligence artificielle n'est pas automatiquement capable d’héberger un modèle de langage, encore moins de se laisser infecter.
Les objets connectés constituent néanmoins des cibles intéressantes pour les pirates. Le botnet Kimwolf a déjà compromis près de deux millions d’appareils, principalement des boîtiers Android TV, pour mener des cyberattaques. La menace existe donc, même sans intelligence artificielle.
Anthropic estime que de petits modèles pourraient acquérir les capacités nécessaires à leur propre réplication d’ici la fin de l’année 2026. C’est une projection, pas une certitude. Les chercheurs reconnaissent d’ailleurs que ces vers pourraient mettre plusieurs jours à se reproduire, ce qui laisserait du temps aux systèmes de sécurité pour les détecter.