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"Ils veulent se placer dans une lignée d'assaillant" : un spécialiste décrypte la True Crime Community, la mouvance de l'adolescent auteur de tirs dans un collège
Lundi, un jeune de 14 ans a ouvert le feu dans son établissement à Aubagne. Le parquet antiterroriste s'est saisi de l'affaire en raison de sa fascination pour les crimes violents dans les milieux scolaires. Alexandre Rodde détaille cette mouvance sur franceinfo.
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Les raisons précises du passage à l'acte de l'adolescent dans un collège d'Aubagne restent floues. Lundi 12 octobre, il a blessé au fusil de chasse une professeure et le principal. Certains de ses camarades évoquent un différend avec ce dernier, qui "venait de le virer". "Il disait : 'Il m'a énervé. je vais lui faire une dinguerie, je vais le tuer", rapporte l'un d'eux. Ce témoignage corrobore la piste des enquêteurs, un passage à l'acte par esprit de vengeance.
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Et puis il y a ce contexte, plus large, que relève le parquet national antiterroriste : la fascination du collégien de 14 ans pour les tueurs de masse, en particulier les tueries en milieu scolaire comme celle de Columbine, aux États-Unis. Cela glace le sang de Lina, en troisième, comme le tireur. "Ça m'a choquée. Je n'arrivais plus à dormir à cause de ça. Il était dans le mauvais côté des réseaux sociaux. Je pense qu'il devait s'y intéresser et à force il est tombé dedans. Je l'ai toujours trouvé un petit peu bizarre. Mais je ne me serais jamais doutée qu'il voulait commettre un meurtre", avoue-t-elle.
Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'enquête car l'adolescent, fils de militaire, baignait effectivement dans un environnement en ligne ultra-violent, la True Crime Community (TCC), que l'on peut traduire par "communauté d'amateurs de faits divers criminels". Le phénomène est aussi inquiétant que mal connu en France. "C'est un écosystème en ligne qui va rassembler des gens qui sont fascinés par les crimes violents", explique le chercheur Alexandre Rodde, spécialisé dans les questions de terrorisme et d'extrémisme violent, co-auteur d'un rapport pour l'association Point de contact qui lutte contre les cyber-violences et les contenus illicites sur Internet. "Parmi eux, on trouve des individus qui varient beaucoup, de la curiosité morbide jusqu'à, pour certains, l'émulation et la volonté de passer à l'acte."
Alexandre Rodde le précise, ce n'est pas la première fois qu'un lien est constaté entre un passage à l'acte et le phénomène de True Crime, jusqu'ici plutôt observé aux États-Unis. La première attaque en France a eu lieu en 2008, à Meyzieu dans le Rhône. On parlait encore "d'effet Columbine" à ce moment, en référence à la tuerie de 1999 dans un lycée américain. "En France, on a vécu une succession d'attaques liées à la True Crime Community : en 2024, puis en 2025, quatre attaques, à Évry-Courcouronnes, Nantes, Antibes et Benfeld". L'attaque d'Aubagne est la deuxième de l'année, "après celle de La Rochelle du 3 mars dernier", indique Alexandre Rodde.
Jusqu'ici, la justice ne pointait pas spécifiquement du doigt ce phénomène. Par exemple, c'est la fascination pour l'idéologie nazie qui avait été mise en avant pour le lycéen qui avait poignardé à mort une camarade à Nantes en 2025. Pour le chercheur, c'est un angle réducteur.
"Ce qu'on retrouve chez les membres de la True Crime Community, et ceux qu'on appelle les extrémistes violents nihilistes, c'est une fascination pour les idéologies violentes et la violence en général."
"Donc on retrouve des références qui peuvent varier beaucoup, de l'ultra-droite à l'ultra-gauche, en passant par le jihadisme". L'idéologie est en fait secondaire, observe Alexandre Rodde. "Ce qui intéresse les membres de la True Crime Community, c'est avant tout la fascination pour la violence et la volonté de se placer dans une lignée d'assaillants et de rejoindre ceux-ci, en commettant une attaque eux-mêmes", assure Alexandre Rodde.