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Ce que les chercheurs viennent de découvrir au fond du Pacifique pourrait bouleverser l'avenir de l'exploitation minière sous-marine
Mardi 20 juin, Laurent Ballesta, Antonin Guilbert, Thibault Rauby et Roberto Rinaldi ont refait surface après 20 jours d'immersion à plus de 100 mètres de profondeur au niveau du Cap Corse. Au cours de cette nouvelle expédition Gombessa, ils ont exploré de mystérieux anneaux de corail géants.... Lire la suite
À plusieurs milliers de mètres sous la surface du Pacifique, une immense campagne scientifique a mis au jour une foule d’espèces encore inconnues. Une exploration rendue possible par l’intérêt croissant pour l’exploitation minière des fonds marins, dont l’impact réel commence tout juste à être quantifié et réserve quelques surprises.
[EN VIDÉO] Le requin-chabot Hemiscyllium halmahera a été découvert dans les eaux indonésiennes. Tout comme les chabots, il utilise ses nageoires pour ramper. © wedaresort, YouTube
La demande mondiale en métaux critiques ne cesse d'augmenter, poussant plusieurs pays à envisager leur extraction au fond des océans. C'est dans ce contexte que des chercheurs internationaux ont mené l'une des plus vastes campagnes d'observation jamais réalisées dans les abysses pacifiques, entre le Mexique et Hawaï, dans la zone de Clarion-Clipperton.
Le projet, publié dans Nature Ecology and Evolution et conduit selon les directives de l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), a mobilisé 160 jours en mer et cinq années de travail. Objectif : établir un état des lieux de la biodiversité locale et mesurer l'impact des premiers essais miniers.
À 4 000 mètres de profondeur, dans un environnement sans lumière et extrêmement pauvre en nutriments, les scientifiques ont collecté 4 350 organismes de plus de 0,3 mm. Ils ont identifié 788 espèces, essentiellement des vers polychètes, des crustacés et des mollusques. Un chiffre étonnant quand on sait qu'un échantillon de fond marin profond ne contient qu'environ 200 spécimens, mais autant d'espèces distinctes, preuve d'une biodiversité encore méconnue.
Ce petit ver marin à soies, étudié par l’équipe de l'université de Göteborg, fait partie des rares espèces un peu plus communes de la région et ne mesure qu’1 à 2 mm de long. © Muséum d'histoire naturelle de Londres et Université de Göteborg
Les essais d'engins miniers laissent des traces visibles dans les sédiments. Sur leur passage, l'étude révèle une baisse de 37 % du nombre d'animaux et de 32 % de la diversité des espèces. Des impacts significatifs, mais jugés plus faibles que ce que prédisaient les scénarios les plus pessimistes.
Selon le biologiste Thomas Dahlgren, de l'université de Göteborg, la majorité des espèces découvertes étaient totalement nouvelles pour la science. Les analyses ADN se sont révélées cruciales pour comprendre cette biodiversité et pour anticiper les pertes potentielles liées à une future exploitation industrielle.
Le chercheur a mis en évidence un nouveau corail solitaire fixé sur des nodules polymétalliques. L’espèce a été baptisée Deltocyathus zoemetallicus. © Muséum d'histoire naturelle de Londres et Université de Göteborg