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TÉMOIGNAGES. "Le dispositif était sous-dimensionné" : des policiers racontent les failles du maintien de l'ordre pendant la mobilisation du 17 octobre
Peu importe leur grade ou la ville dans laquelle ils étaient déployés, plusieurs membres des forces de l'ordre racontent à franceinfo des difficultés similaires rencontrées le 17 octobre, de l'ampleur inédite de la violence aux failles dans les dispositifs de sécurité.
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À peine deux jours après les émeutes du 17 octobre, plusieurs questions se posent. Les forces de l'ordre ont-elles été débordées ? La forte présence d'émeutiers et de pillards dans de nombreuses villes de France a-t-elle été mal anticipée ? Et qu'en pensent les premiers concernés, les policiers ? Franceinfo a pu échanger avec plusieurs d'entre eux, de grades différents et opérant aux quatre coins de la France.
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Un CRS, Patrice, raconte toutes les heures passées samedi, à Lyon, face aux casseurs. Ce dernier a 29 ans de maintien de l'ordre derrière lui. Ce CRS a connu les gilets Jaunes, la contestation de la réforme des retraites, et plus récemment, le mouvement lycéen. Il avoue n'avoir jamais vu ça lors du week-end du 17 octobre, l'une "des journées les plus compliquées qui m'est amenée de vivre dans mon travail'. Patrice a commencé à 10 heures du matin pour finir à 1h15, sans répit, non-stop, il a "fait face à un gros déferlement de violence". "On les sentait très déterminés, ils étaient là, au contact, ils revenaient, ils reculaient quand on faisait des charges puis ils revenaient. C'était super compliqué", explique le CRS lyonnais.
Un déferlement de violence inédit, et surtout très long dans la durée qui a commencé tôt dès samedi matin. À un moment, raconte Patrice, il a bien pensé qu'il n'allait pas y arriver : "Le dispositif était sous-dimensionné, je pense qu'on a pas pris la mesure de l'ampleur de ces rassemblements, il manquait pas mal d'effectifs, détaille-t-il. C'est la première fois où, vraiment, j'ai senti de la peur en me disant on ne va pas y arriver. Ils étaient virulents, ils venaient au contact, et nous on avait pas trop de moyens et on ne pouvait pas avoir de renforts, donc on s'est retrouvé un petit peu à l'abandon Et on a fait comme on a pu".
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Ce CRS a passé de longues minutes sans munitions, sans grenades lacrymogènes. Son témoignage est loin d'être isolé, plusieurs autres policiers confient avoir aussi été dépassés par les événements. Ce sont notamment des hauts gradés qui le disent en coulisse. L'un d'entre eux, directeur de la police dans un département, avoue anonymement que "nous étions sous dimensionnés pour de la guérilla urbaine". Il ajoute même que "la multiplicité des groupes d'émeutiers nous a submergés".
Un autre directeur départemental affirme que ce maintien de l'ordre a été le plus violent qu'il ait connu. Un chiffre permet de s'en rendre compte : à Paris une compagnie de CRS a tiré 3 000 grenades lacrymogènes samedi. En temps normal cela ne dépasse la centaine. Un troisième très haut gradé s'estime même chanceux que les CRS n'aient pas paniqué. Un policier conclut de son côté que "c'était la Commune de Paris combinée au Black Friday".
Ces scènes de pillage ont aussi choqué ces policiers, pourtant habitués au maintien de l'ordre, notamment face aux 30 000 pilleurs à Marseille. Ou encore à Lyon, où ils étaient aussi tellement nombreux, que même les pillards qui ont été attrapés n'ont pas tous fini en garde à vue, comme le raconte Patrice qui en a interpellé certains : "On a interpellé des individus qui avaient pillé mais qui ont été relâchés, faute de personnes qui pouvaient les prendre et les mettre en garde à vue. Pour ces individus, on a pris les identités et ils ont été relâchés, on a saisi la marchandise et puis voilà".