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Anthropic affiche 80 milliards de dollars de pertes : pourquoi ce chiffre est trompeur
Le Wall Street Journal a pu lire le projet de prospectus d’Anthropic, c’est-à-dire le document financier qu’une entreprise doit publier avant d’entrer en Bourse. Sur les six premiers mois de 2026, l’éditeur de Claude affiche une perte nette de 80,7 milliards de dollars (environ 72 milliards d’euros), contre 13 milliards de dollars (près de 12 milliards d’euros) un an plus tôt.
Pourtant, l’essentiel de ces 80,7 milliards n’a jamais quitté ses comptes en banque. Anthropic doit entrer en Bourse en novembre, et ses futurs actionnaires vont surtout regarder ce qui reste une fois ces charges comptables retirées.
Toujours selon le WSJ, 72 milliards de dollars (environ 64 milliards d’euros) viennent de charges comptables liées à des obligations convertibles et à d’autres titres émis pour lever des fonds. Une obligation convertible est un prêt que l’investisseur pourra plus tard échanger contre des actions. Plus Anthropic vaut cher, plus ces titres prennent de la valeur, et la comptabilité enregistre cette hausse comme une charge, sans qu’un dollar ne sorte de l’entreprise.
Le même mécanisme expliquait déjà la perte nette de 42 milliards de dollars (environ 37 milliards d’euros) de 2025, révélée par Reuters en septembre. Sur son activité réelle, Anthropic avait perdu 8,06 milliards de dollars sur l’année, pour 4,59 milliards de chiffre d’affaires (environ 7,2 et 4,1 milliards d’euros).
Si on retire ces écritures, il reste quand même environ 8,7 milliards de dollars de pertes (près de 8 milliards d’euros) en six mois. La facture de calcul grimpe vite. Anthropic a dépensé près de 9 milliards de dollars (environ 8 milliards d’euros) en puissance de calcul et en infrastructures au premier semestre, plus que les 7,3 milliards de dollars (environ 6,5 milliards d’euros) dépensés sur toute l’année 2025. L’entreprise prévoit même de consacrer jusqu’à 750 milliards de dollars (environ 670 milliards d’euros) à de nouvelles capacités de calcul dans les années à venir, en comptant des accords encore en discussion.
Les fournisseurs suivent. Cet été, AMD a investi 5 milliards de dollars dans Anthropic en échange d’une commande massive de puces IA (environ 4,5 milliards d’euros). Le créateur de Claude chercherait aussi à acheter sa mémoire vive directement aux fabricants dès 2027.
En face, les revenus ont été multipliés par près de quinze. Anthropic a encaissé 16,3 milliards de dollars (environ 14,5 milliards d’euros) au premier semestre 2026, contre 1,1 milliard de dollars (environ 1 milliard d’euros) un an plus tôt. L’entreprise profite notamment du succès de Claude Code, son assistant de programmation, que les développeurs utilisent pour écrire du code et créer des applications.
En revanche, environ 20 % de ce chiffre d’affaires viennent de seulement deux clients. Certaines entreprises consomment Claude sans compter : l’une d’entre elles aurait brûlé 500 millions de dollars de Claude en un mois (environ 450 millions d’euros), faute d’avoir limité ses employés.
Côté produits, Anthropic insiste depuis la rentrée sur la baisse des coûts. L’entreprise a d’abord lancé Claude Fable 5.1 début septembre, puis Claude Opus 5.5, annoncé 40 % moins cher qu’Opus 5. Son rival direct n’est pas mieux loti : OpenAI aurait perdu près de 38,5 milliards de dollars en 2025 (environ 34 milliards d’euros).
Certains investisseurs revoient déjà leur prix. Lors de la journée investisseurs organisée le mercredi 14-octobre à San Francisco, plusieurs ont évoqué une valorisation autour de 1 500 milliards de dollars (environ 1 340 milliards d’euros), selon trois des quatre personnes interrogées par Reuters. Jusque-là, on parlait d’environ 2 000 milliards de dollars (près de 1 780 milliards d’euros) pour l’entrée en Bourse de novembre.