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Après l'attentat raciste de Trappes, les discours sur le "grand remplacement" peuvent-ils être interdits ?
Alors que cette théorie complotiste connaît un certain succès sur des sites d'extrême droite, des responsables de gauche proposent d'interdire ce discours. Mais cela pose la question de la liberté d'expression garantie par la Constitution.
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Une semaine après l'attentat de Trappes, des voix s'élèvent à gauche pour demander une répression plus grande contre les discours racistes. Il s’agit en particulier d’interdire la diffusion de la théorie d'extrême droite dite du "grand remplacement".
C'est dans un livre publié en 2011 que l'auteur d'extrême droite Renaud Camus formalise cette théorie du complot. Il affirme que la population européenne ou française va être remplacée par des immigrés, venus principalement d'Afrique. Une théorie raciste, contredite par les chiffres de la démographie, mais qui a connu un certain succès sur des sites d'extrême droite. Elle est reprise ces dernières années par plusieurs personnalités politiques de premier plan, comme Éric Zemmour, Marion Maréchal ou encore Jordan Bardella.
De l'autre côté de l'échiquier politique - à gauche - des responsables politiques veulent donc interdire ce type de discours. C'est le cas du maire de Trappes Ali Rabeh. Il rappelle que l'auteur de l'attentat avait tenu des propos proches de la théorie du “grand remplacement”.
On ne peut pas interdire des idées, il ne le faut surtout pas. En revanche, on peut rendre illégale la parole de ceux qui considèrent qu’il y a un ennemi de l’intérieur. Ceux qui expliquent, en désignant toute une partie de la population, que ce sont des envahisseurs.
Ali Rabeh rappelle d'ailleurs les mots "clairs" du terroriste : "'en France, je ne supporte plus d’être envahi, de ne pouvoir rien faire contre ça'" cite-t-il. "C'est très exactement la logique de la théorie du “grand remplacement”, souligne le maire de Trappes.
Ce vendredi, une proposition de loi visant à rendre illégale l'évocation de la théorie du "grand remplacement" a ainsi été déposée à l'Assemblée nationale par les députés écologistes Sabrina Sebaihi et Steevy Gustave. Il s'agirait de compléter la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Mais selon le constitutionnaliste Benjamin Morel, il y a de fortes chances que cette loi soit invalidée par le Conseil constitutionnel. Selon lui, elle risquerait de porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression, un droit garanti par la Constitution. Le professeur en droit public estime que la législation actuelle permet déjà de punir les discours racistes.
À ce jour, aucune personne n’a déjà été condamnée pour avoir défendu la théorie du “grand remplacement”. Cependant, il y a pu avoir des condamnations pour le discours qui l'accompagne, pour cause de propos incitant à la haine. Cela a été le cas de Renaud Camus en 2016. Il a dû payer une amende de 4 000 euros après avoir publiquement décrit les personnes immigrées comme des "envahisseurs" et regretté une prétendue "mollesse" de la police et des tribunaux. Selon la Cour de Cassation, ce n'était pas seulement une opinion mais un appel à la violence.