// FUTURA SCIENCES — SPAZIO & SCIENZA
Découverte extraordinaire en Antarctique : ces “forêts animales” cachées sous la glace révèlent un monde insoupçonné
Dans les eaux glacées de l’Antarctique, Under The Pole explore avec DEEPLIFE un monde encore largement méconnu : celui des forêts animales marines. Scientifiques et plongeurs s’aventurent jusqu’à 130 mètres de profondeur pour étudier ces écosystèmes fascinants et fragiles. Une Escale hors du commun, là où l’aventure rejoint la science et l’émerveillement.
« Carnet d'escale » : Une plongée dans l'invisible, là où le bleu s'assombrit jusqu'au noir et où la lumière révèle soudain l'inattendu. Chaque carnet raconte une immersion, une traversée sensible entre exploration et émerveillement. Gorgones flamboyantes, reliefs secrets, silhouettes furtives et rencontres suspendues composent un monde que peu de regards ont contemplé. Au fil de la descente, les repères s'effacent, les couleurs renaissent sous les faisceaux et l'inconnu se dévoile par fragments. Ici, chaque image devient une trace, chaque rencontre une émotion, chaque plongée une histoire à ramener à la surface.
Une musique accompagne ces mots, profonde et magnétique. Laissez-la vous entraîner du bleu vers le noir, là où la lumière révèle ce que l'océan gardait secret.
Du bleu au noir, la lumière se déshabille,Et soudain, dans la nuit, les gorgones s’embrasent.Rouges, pourpres, elles ondulent et scintillent,Comme des fleurs interdites au cœur des abysses.Nos souffles se perdent dans ce jardin secret —La mer nous attire, nous trouble, nous enlace,Et le noir, doucement, devient lumière.© Agnès
Dans les eaux glacées de l'Antarctique, la descente commence, mètre après mètre, vers un territoire où la lumière se raréfie et où le vivant prend des formes presque irréelles. On retrouve ses habitudes en quelques minutes, tous les feux sont au vert. On continue : 70 m, 80 m, 90 m. La pente s'arrondit doucement, et je suis surpris par la lumière qui perce jusqu'ici.
Ça y est, nous sommes à 100 m en Antarctique et on plonge ! L'expédition a démarré.
Il fait sombre, mais l'eau est claire et l'atmosphère teintée de bleu. On prend quelques minutes dans la zone pour découvrir notre nouveau jardin et les espèces qui l'habitent, prendre des repères et faire des images. Puis pendant notre lente remontée, nous découvrons un monde coloré et vivant, dont nous prélevons les premiers échantillons. Gorgones, « ice fish » et cette impressionnante étoile de mer, Labidiaster annulatus, pouvant posséder jusqu'à une cinquantaine de bras... Partout où porte le regard, le fond est étonnamment riche et couvert d'une multitude d'espèces.
Avec ses dizaines de bras, Labidiaster annulatus semble appartenir à un autre monde. Pourtant, derrière cette silhouette spectaculaire se cache un redoutable prédateur. L’étoile peut capturer dans l’eau du krill, des amphipodes et même de petits poissons. Ses bras sont équipés de pédicellaires, de minuscules structures préhensiles capables de saisir les proies, qui sont ensuite ramenées vers sa bouche. Une étonnante stratégie de chasse pour une étoile de mer. © Franck Gazzola/Under The Pole, tous droits réservés
Après 2 h 30 de plongée dans une eau à -1 °C, nous émergeons, fatigués, le visage bouffi par le froid, mais heureux. Pour une première, c'est une belle et grosse plongée ! Un choix délibéré pour donner le ton du programme de notre exploration de la zone mésophotique -- du grec meso, qui signifie « entre deux », et photique, « lumière » --, cet espace entre la surface et les abysses, notre terrain d'étude privilégié, entre 30 et 200 m environ. Ici, chaque plongée se gagne et se paie au prix fort ; il convient de profiter de chacune d'entre elles au maximum.
Sous la surface de l'océan Austral, la lumière se fait rare. Pourtant, sous le faisceau des plongeurs, surgit un jardin aux couleurs presque irréelles.