// FRANCEINFO FAITS DIVERS — CRONACA
REPORTAGE. "Ça aurait pu être moi" : les camarades de Ramatou, gravement blessée dans l'attentat raciste des Yvelines, font leur rentrée entre tristesse et inquiétude
Une cellule d'écoute a été mise en place dans le collège public de Mesnil-Saint-Denis où est scolarisée la fille de 11 ans. L'élève de 6e a été grièvement blessée dans l'attaque terroriste dans les Yvelines, le 23 octobre.
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Au collège Philippe-de-Champaigne, au Mesnil-Saint-Denis, la rentrée se déroule dans une atmosphère particulière, lundi 2 novembre. Ramatou, 11 ans, n'a pas retrouvé sa classe. L'élève de 6e a été grièvement blessée dans l'attentat raciste des Yvelines. La fillette est hospitalisée en soins intensifs à l'hôpital Necker, à Paris, mais son pronostic vital n'est plus engagé. Un garçonnet aux cheveux blonds se dit "soulagé qu'elle soit vivante", même s'il a beaucoup cogité pendant les vacances. "J'étais triste, j'en ai parlé à beaucoup d'amis. J'étais au bord de pleurer."
Comme lui, plusieurs élèves ont découvert la nouvelle à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Depuis, certains confient avoir ressenti de la peur et du stress, au point d'avoir parfois du mal à trouver le sommeil. Le 23 octobre, alors que la jeune fille noire sortait de la piscine à La Verrière, elle a été touchée par huit impacts de balles. "Elle a couru pour se réfugier derrière une voiture. C'est ça qui l'a sauvée", a raconté sa mère mercredi, lors d'une marche citoyenne en hommage aux victimes de cette attaque terroriste qui a fait six autres blessés et tué un homme de 26 ans.
Lors de sa garde à vue, le suspect, Kévin Tessier, a déclaré avoir "spécifiquement ciblé des personnes de type musulman, africain ou nord-africain". "On n'a pas le droit de faire ça pour une couleur de peau différente. Ramatou est très courageuse de s'en être sortie après huit balles", lance une adolescente, avant d'entrer dans le collège lundi matin.
Les mains enfouies dans les poches de son manteau en moumoute, une élève de 5e évoque avec émotion un destin "injuste" pour Ramatou. "On se dit toujours que ce genre de choses ça n'arrive qu'aux autres, et là c'est arrivé à quelqu'un qu'on connaît." L'une de ses amies, qui se dit musulmane, confie avec tristesse : "Ça aurait pu être moi".
"C’est injuste que des enfants payent parce qu'ils ont des origines différentes."
"Je savais que le racisme existait, mais sans forcément le ressentir. Et on ne pouvait pas savoir que ça irait jusque-là, jusqu'à blesser et tuer", déplore une nouvelle collégienne, elle-même racisée. Jeudi, Kévin Tessier a été mis en examen pour "assassinat, tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée", et placé en détention provisoire.
Pour un garçon de 5e, très informé des informations sorties dans la presse ces derniers jours, cet attentat doit servir d'avertissement avant la présidentielle. "Il ne faut surtout pas voter pour Marine Le Pen, mais pour un président exemplaire", estime celui pourra glisser son premier bulletin dans l'urne en 2032.
Dans le même temps, une réunion a eu lieu entre le personnel du collège, le préfet des Yvelines et des élus locaux pour penser l'accueil des élèves dans ces circonstances particulières. Une heure de cours a été banalisée. Pour ceux qui en font la demande ou présentent des signes de traumatisme, un dispositif d'écoute a également été mis en place au sein du collège par le rectorat de Versailles. En dehors de ce collège public, tous les établissements du second degré à Trappes ont banalisé le début de leur journée. Et des "cercles de parole" ont été organisés durant la pause méridienne dans toutes les écoles, fait savoir l'académie à franceinfo.