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Volant PlayStation, Steam Deck et Starlink pour voler à 90 km/h : j’ai embarqué sur un trimaran hors du commun
Le 24 septembre, j’ai embarqué sur Actual Ultim 4, un trimaran de 16 tonnes qui a déjà dépassé les 95 km/h en volant au-dessus de l’eau, pour un sprint chronométré au large de Lorient. Lors de ma session, en fin de matinée, faute de vent, il n’a pas décollé, mais il m’a quand même emmené plus vite que je n’étais jamais allé à la voile.
Pendant ces deux jours, j’ai surtout découvert que sa technologie se voit à peine : elle sert d’abord à terre, au bureau d’études, et son skipper, Anthony Marchand, la tient pour un bonus. Le dimanche 1er novembre, il a pris le départ de sa toute première Route du Rhum.
Ce jour-là, 115 skippers ont quitté Saint-Malo pour rallier Pointe-à-Pitre en solitaire, soit 3 542 milles, environ 6 560 kilomètres. Huit d’entre eux barrent des Ultim, des trimarans de 32 mètres de long et 23 mètres de large qui « volent » sur des ailes immergées, les foils, et qu’on surnomme volontiers les Formule 1 des mers.
Jeudi 24 septembre, dans les Coureaux de Groix, les Ultim engagés dans les 24H Ultim, la dernière confrontation avant la Route du Rhum, s’élancent pour un run de vitesse : un mille nautique chronométré (1,85 km), bateau contre bateau. Je suis à bord, en ciré, cramponné dans un coin du cockpit où je ne gêne personne.
Il souffle 7 à 13 nœuds, soit 13 à 24 km/h, de quoi faire une jolie balade en croisière, et pourtant le trimaran accélère jusqu’à 17 nœuds, environ 31 km/h. À titre de comparaison, un voilier de croisière de 10 mètres, comme ceux sur lesquels je navigue habituellementhn, plafonne autour de 7 nœuds dans de bonnes conditions.
À quai, la bête impressionne, avec son mât de 37 mètres, la hauteur d’un immeuble de douze étages, mais une fois lancée elle se met en mouvement avec une facilité déconcertante, et on oublie les 16 tonnes de carbone sous ses pieds.
Un Ultim décolle autour de 22 nœuds de vitesse, environ 40 km/h : il nous en manquait cinq. C’est d’autant plus frustrant que l’équipe a justement passé l’été à rendre son bateau capable de décoller plus tôt dans le petit temps, et qu’une fois en vol, la vitesse grimpe vite : le Team Actual revendique une pointe à 51,7 nœuds, environ 96 km/h, pour ce trimaran.
Sous les coques, les foils fonctionnent comme l’aile d’un avion : plus le bateau va vite, plus ils génèrent de portance, jusqu’à soulever la coque hors de l’eau. La traînée s’effondre alors, et le bateau accélère encore. Le plafond vient de l’eau elle-même.
À très grande vitesse, la pression chute tellement sur la face supérieure du foil que l’eau se met à bouillir à froid : c’est la cavitation. Le foil glisse dans des bulles de vapeur, perd sa portance, et le bateau retombe sur lui-même.
Avant de naviguer, j’avais visité le bateau à quai avec les ingénieurs, et la première surprise, c’est que la technologie ne se voit pas. Les trois LiDAR du pont sont en partie cachés dans des carénages, parce que sur un bateau qui se joue à quelques centièmes de nœud, tout ce qui dépasse freine, et la fibre optique est noyée dans la structure. Bref, de l’extérieur, Actual Ultim 4 ressemble à un très gros voilier en carbone, et il faut descendre dans la cale pour trouver son laboratoire.