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La DGA a conçu son propre drone naval kamikaze en six mois, et elle veut maintenant le produire en série
En à peine six mois, la Direction générale de l'armement a conçu SMOKERS, une munition navale télé-opérée, une sorte de drone kamikaze à bas coût destiné à la Marine nationale, qui vient d'être présenté.
Avec SMOKERS, la Direction générale de l'armement (DGA) a dévoilé cette semaine un drone naval kamikaze entièrement développé par ses propres ingénieurs, sans passer par un industriel de l’armement. Testée par la Marine nationale lors de l'exercice Wildfire, ce qui est à considérer comme une munition navale télé-opérée mise sur une conception volontairement simple, et surtout un coût unitaire réduit. Un appel d'offres vient d’être lancé pour confier sa fabrication en série à l'industrie, avec un premier jalon fixé à la mi-2027.
L'ingénieur principal de l'armement Quentin, chef de projet SMOKERS au centre DGA Techniques hydrodynamiques, résume très bien ce qu'est cet engin. Il s'agit d'« un objet qui flotte, qui transporte une charge explosive et qui la met à feu contre sa cible ». Avec un garde-fou de taille, car il y a « en permanence un homme dans la boucle ». Un opérateur pilote en effet l'appareil à distance, à l'aide d'une liaison satellite, en gardant les yeux rivés sur une vidéo en temps réel. Ce cordon ombilical est aussi un point sensible, car le ministère des Armées reconnaît lui-même que garder le contact sous brouillage reste l'un des grands défis des drones navals.
SMOKERS, c'est à peine cinq mètres de long, 500 kilos, une coque en résine et fibre de verre, ainsi qu'un moteur hors-bord ordinaire, cousin de ceux des semi-rigides. Cela suffit pour atteindre 40 nœuds, environ 74 km/h, sur une cinquantaine de milles nautiques, soit un peu plus de 90 km. Une boule optronique, sorte de tourelle à caméras munie d'un capteur thermique, lui permet d'y voir la nuit. Son système pyrotechnique est même imprimé en 3D. Le tout pour un coût visé de quelques dizaines de milliers d'euros pièce.
Cela peut prêter à sourire, mais l'acronyme SMOKERS signifie « Système maritime opérationnel kamikaze évolutif en réalisation souveraine »). Il faut savoir qu'il n'aura fallu que six mois à l'engin pour passer du statut de l'idée à la mer. Plutôt que de passer commande à un industriel, la DGA a fait travailler ses propres équipes, coordonnées par le CERDAN, son centre expert des drones navals, avec l'appui de l'Agence de l'innovation de défense (AID) au lancement. Le centre DGA Techniques navales, à Toulon, a signé l'électronique et le logiciel. DGA Techniques hydrodynamiques s'est occupé de la coque et de la navigation. Le tout nourri des leçons de l'Ukraine et du golfe Arabo-Persique.
Un exemplaire est exposé cette semaine à Euronaval, sur le stand du ministère des Armées et des Anciens combattants, et ce n'est pas une maquette. C'est « le vrai drone tel qu'il a navigué lors des exercices Wildfire et Typhoon », insiste Quentin. Après plusieurs campagnes d'essais à Toulon et à Cherbourg, trois unités ont rejoint fin septembre Wildfire, un exercice de lutte anti-drones. Ils ont été mis en œuvre depuis une frégate, un porte-hélicoptères amphibie et un ravitailleur, et au moins l'un d'eux était configuré en cible. On mesure bien le chemin parcouru depuis avril 2025, quand la Marine testait une simple motomarine chargée d'explosifs. L'autre belle trouvaille de SMOKERS, c'est l'étrave, la pointe avant de la coque, qui se démonte, ce qui permet de stocker la charge à part.
Le drone pourrait frapper une flotte adverse « comme on se servirait d'un missile naval ». Il pourrait aussi attaquer par surprise un port défendu, lors d'une opération spéciale menée avec des moyens commandos par exemple. Et enfin, il pourrait s'inscrire dans une logique de dissuasion, « pour remplacer des missiles ». L'idée semble être de menacer l'adversaire sans avoir à puiser dans des stocks de missiles bien plus coûteux.
Désormais, il faut envisager une production à la chaîne. La DGA, qui est propriétaire des plans, a lancé un appel d'offres de 36 millions d'euros