// FRANDROID — INTELLIGENZA ARTIFICIALE
Tatouage de Claude, Gemini et GPT : on a vérifié le code censé casser la protection, voici ce qu’on a trouvé
Depuis quelques jours, la discussion s’emballe sur X et Reddit : Anthropic va « tatouer » les textes produits par Claude, son assistant IA, comme le fait déjà Google sur Gemini depuis mai 2024 (hors API). Des utilisateurs annoncent résilier leur abonnement, et un développeur a mis en ligne un outil censé effacer la marque, relayé par des milliers de comptes. Sauf que l’essentiel de ce qui circule est faux ou mal compris.
Le filigrane (watermark en anglais) de Claude n’est encore déployé sur aucun modèle, personne ne peut le détecter, et l’étude censée l’avoir « cassé » n’a jamais touché à Claude. Reprenons dans l’ordre.
D’abord, de quoi parle-t-on ? Un watermark, ou filigrane numérique, est une marque censée identifier l’origine d’un contenu. Pour une image, cela peut passer par des métadonnées signées, comme le standard ouvert C2PA. Pour du texte, c’est une autre histoire.
Quand Claude écrit « le temps était froid et… », plusieurs mots suivants font aussi bien l’affaire : « gris », « couvert », « humide ». D’habitude, le modèle en choisit un au hasard. Le filigrane ne change pas la liste des mots possibles, il change la source de ce hasard : au lieu d’un tirage vraiment aléatoire, une règle secrète, la « clé », tranche entre les candidats.
Le texte se lit exactement pareil, mais celui qui connaît la clé peut vérifier après coup si la suite des choix lui correspond. Anthropic l’explique sans détour : rien n’est ajouté au texte, pas de caractère invisible, pas de métadonnée cachée.
Le modèle travaille par tokens, les fragments de texte qu’il manipule : un mot, ou un bout de mot. De là découle une conséquence contre-intuitive : plus le texte laisse de liberté, plus la marque est forte. Un roman, où mille tournures se valent, est fortement marqué. Une réponse factuelle l’est beaucoup moins, puisqu’après « la capitale de la France est » il n’existe qu’un seul mot possible. Le code informatique, lui, est à peine marqué, parce qu’il doit rester exact pour fonctionner.
Deuxième surprise, à rebours de l’intuition : plus le texte est long, plus la détection est fiable. Vouloir « noyer » la marque dans un gros document produit donc l’effet inverse. La technologie derrière tout ça s’appelle SynthID ; elle a été mise au point par Google DeepMind et publiée dans la revue Nature en 2024, et Anthropic en utilise une version. Pour comprendre la mécanique en détail, on l’a déjà décortiquée.
Sur le papier, tout le monde en parle ; dans les faits, très peu de choses tournent. Gemini, l’IA de Google, marque ses textes depuis mai 2024, mais uniquement dans l’application et sur le web, pas via son interface pour développeurs. Google ne communique d’ailleurs jamais de chiffre ou d’API pour savoir si le texte généré provient de Gemini.
Du côté d’Anthropic, le filigrane est annoncé, mais aucun de ses modèles ne le porte encore. Quant à ChatGPT, d’OpenAI, il n’embarque à ce jour aucun filigrane texte public.
Pourquoi cette agitation maintenant ? À cause de l’AI Act, le règlement européen sur l’IA. Son article 50, applicable depuis le 2 août 2026, oblige à rendre les contenus générés par IA détectables pour les nouveaux modèles sortis depuis cette date. Fait notable, Anthropic applique la mesure à l’échelle mondiale, faute de moyen fiable de la limiter à l’Europe.